J'ai exprimé mon incompréhension concernant l'intention du Ministre de la Défense, Pieter De Crem, de réduire la présence des casques bleus
belges au Liban. Interrogé à ce sujet par plusieurs députés lors de la Commission de la Défense nationale au Parlement, le Ministre a annoncé qu'une décision formelle devrait être prise au
Conseil des Ministres le 23 mai prochain, sans exclure une réduction des effectifs.
Alors que la situation sécuritaire, politique et économique au Liban, sans chef d'Etat depuis presque six mois, est devenue de plus en plus
instable, je considère qu'il ne faut pas donner de mauvais signal au peuple libanais. Présente depuis 2006 au Liban, l'armée belge, engagée dans des tâches de déminage, de soutien médical et de
reconstruction au sein de la FINUL, bénéficie du soutien de la population et des autorités libanaises.
Une réduction des casques bleus belges risque également de donner un mauvais signal à l'ONU. En renforçant la présence militaire en
Afghanistan, avec prochainement l'envoi d'avions de chasse F- 16 dans une zone potentiellement dangereuse, il faut éviter que les choix opérés pour l'engagement de la Belgique aux opérations
extérieures n'affichent clairement une priorité à l'OTAN, au détriment de l'ONU et de l'Union européenne.
André Flahaut
Ce qui est valable pour les banques ne s'applique pas toujours à leurs clients. L'effacement des dettes par exemple. Pour éviter un
effondrement de l'ensemble du système financier il arrive souvent que de l'argent public soit injecté massivement dans les banques. Tel fut le cas de la crise des subprimes aux Etats-Unis, née
des prêts hypothécaires à haut risque accordés à des clients dont la faible solvabilité était pourtant connue. Tout argent est bon à prendre… En Belgique, la prescription prévue le 27 juillet
2008 des dettes contractées il y a plus de 10 ans, a suscité un zèle procédurier parmi les banques. Elles ressortent de leurs tiroirs des créances oubliées de ceux qui les ont contractées il y a
parfois 20 ou 25 ans. Par le simple jeu des intérêts la petite somme empruntée initialement s'est transformée en un montant qui dépasse les possibilités de remboursement des gens. Cela entraîne
de vrais drames familiaux sans que cela n'affecte les comptes des banques. Mais on sait depuis longtemps que les dettes des particuliers sont des problèmes privés quand ceux des banques
concernent tout le monde.
Le surendettement c'est aussi dû à la pression impitoyable des banques sur leurs clients qu'elles savent financièrement fragiles.
André Flahaut
L'Italie est en crise : croissance quasi nulle (0,1%), compagnie nationale « Alitalia » au bord de la faillite, baisse des parts de marché à
l'exportation. L'Italie se divise en 2 : le salaire moyen au Mezzogiorno représente 57% de celui au Nord du pays. Enfin, l'Italie se polarise au détriment de la gauche. C'est le résultat des
élections législatives anticipées des 13 et 14 avril qui ont ramené au pouvoir Silivio Belusconi et redonné des couleurs à son allié de la Ligue du Nord. La chute du gouvernement de centre gauche
de Romano Prodi était inscrite dans sa disparité : 10 partis et plus de 100 ministres ou secrétaires d'Etat. Il faut dire qu'en reniant la gauche, Walter Veltroni et son nouveau Parti démocrate,
conçu sur le modèle libéral américain, ont troublé l'électorat traditionnel. La progression de la Ligue du Nord dans les villes ouvrières et les régions historiquement de gauche (Ligurie et
Romagne) accentue le basculement à droite. Enfin,l'élection d'un ancien fasciste à la mairie de Rome que Walter Veltroni avait dirigé ces dix dernières années est un camouflet personnel au
président du Parti démocrate.
Giulio Tremonti, le nouveau ministre de l'économie du gouvernement Belusconi avait publié quelques semaines avant le scrutin un livre dénonçant l'échec de la mondialisation. Il évoquait un monde
« moins fanatisé par le dogme du marché. Nous vivons dans un monde à l'envers : dans un monde dans lequel le superflu coûte moins que le nécessaire. Tu peux aller à Londres avec 20 dollars, mais
tu ne peux pas faire les courses au supermarché pour 20 euros. » Même si on verra très vite qu'il y a loin des discours aux actes et que la droite est dure aux pauvres, Giulio Tremonti a utilisé
des mots que la gauche a eu peur de prononcer. C'est une habitude. Déjà Sarkozy, avant de parader avec les plus riches, piochait dans le répertoire de Jaurès pour parler aux métallos de Lorraine.
A Londres, le conservateur Boris Johnson a gagné la mairie en parlant « façon peuple» pendant que le gouvernement travailliste annonçait la privatisation totale du groupe "British
Energy".
Morale de l'histoire et leçon pour les militants socialistes sincères : quand la gauche parle et agit comme la droite, elle perd. Quand la droite s'approprie les discours de la gauche, elle
gagne. Personnellement, je suis fier d'être à gauche. Résolument à gauche.
André Flahaut



