Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Synthèse de mes interventions lors de la conférence des présidents des parlements de l'UE à Nicosie

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 25 Avril 2013, 14:23pm

Catégories : #Discours

Nos voisins du Sud 

 

Trop longtemps, l’Europe a négligé les développements dans le monde arabe.

Trop longtemps, l’Europe a été distraite de son axe de solidarité nord-sud. Cela a aussi contribué à fragiliser la cohésion européenne.

 

Pendant le sommet des Présidents des parlements membres de l'Union pour la Méditerranée, les 6 et 7 avril à Marseille, nous avons eu l’occasion de dialoguer avec des jeunes des deux côtés de la Méditerranée, dans le cadre du Forum Anna Lindh de la Méditerranée.

 

Dans la relation avec le monde arabe, on ne peut pas improviser, adopter une attitude néocoloniale ou paternaliste, donner des leçons ou transposer nos modèles. Il s’agit au contraire de développer un véritable partenariat dans un respect mutuel et réciproque, ainsi qu’une vision cohérente.

 

Dans cette approche, il y a lieu de donner la priorité à la solidarité et aux aspects humains  plutôt qu’aux chiffres et aux bilans.

Ce faisant, nous serons à même de jouer pleinement notre rôle en tant que parlementaires, c'est-à-dire travailler concrètement pour aboutir à des résultats qui répondent aux attentes des jeunes du monde arabe.

 

Opinion publique, médias et politique

 

La citoyenneté est un thème crucial. La crise de la citoyenneté côtoie la crise financière. La construction européenne et l’acquis européen, qui ont été crées sur la base de la concertation, sont actuellement confrontés à des tendances de populisme. La construction d’un nouveau véritable projet européen s’impose.

 

Si le citoyen envoie des signaux témoignant d’une volonté de changement, il nous incombe comme responsables politiques d’y répondre et d’assumer nos responsabilités.

 

Avoir l’ambition de faire de 2013 l’année européenne des citoyens, et surtout arriver à éveiller une véritable prise de conscience en la matière, est un enjeu de toute première importance sur le plan de la démocratie réelle.

 

Nous devons y être tout particulièrement attentifs dans le cadre de notre mission parlementaire ainsi que dans le cadre de nos institutions, à tous les niveaux.

 

Mais on ne pourra pas et on ne devra pas se limiter à cibler une année ou deux seulement. La citoyenneté ne peut pas être une préoccupation en vue des élections de 2014. Non, rapprocher les citoyens des institutions européennes représente une tâche ardue, de longue haleine: il va falloir œuvrer à cette mission démocratique en manière telle que l’exercice acquiert un caractère permanent, sur le long terme. 

 

Disons-le franchement: les citoyens attendent tout particulièrement des résultats de notre part en ce domaine, car ils ont l’impression d’une distanciation croissante avec les institutions pourtant chargées de les représenter.

 

Il faut éviter l’impression d’une institutionnalisation trop grande, aussi en ce qui concerne les initiatives quant à la citoyenneté. Il y a déjà pas mal d’initiatives et c’est à nous de faire en sorte que celles-ci soient coordonnées d’une façon efficace.

 

L’utilisation des médias, des actions à portée limitée, ou des slogans ne suffiront pas à combler le déficit démocratique. C’est par nos actions politiques au quotidien et en priorité que nous pourrons regagner la confiance perdue, rendre du mieux-être à nos citoyens, revitaliser les actions menées dans leur dimension sociale, réinsuffler de la dignité et du respect au cœur de nos politiques.  Nous devons écouter, engager le dialogue et informer, aider à comprendre, afin d’encourager la participation. Il nous revient d’expliquer pourquoi et dans quel sens nous assumons nos responsabilités en tant qu’élus. 

 

Les institutions européennes nous font parvenir une masse de documents. Cela ne permet pas toujours aux parlements nationaux d’adopter un point de vue en connaissance de cause. Nous devons éventuellement instaurer une «procédure de silence», de manière à susciter une réaction en connaissance de cause et à organiser le débat parlementaire comme il sied.

 

C’est à nous, présidents des assemblées, de faire en sorte que l’année européenne des citoyens soit une réussite, en nous tournant vers les médias qui peuvent aider à renouveler les liens entre les institutions et les citoyens.

 

Austérité versus solidarité

 

La solidarité est un mot qui a été très peu prononcé au cours de ces deux journées de rencontre entre les présidents des assemblées parlementaires des États membres de l’UE, à Nicosie. On a plus souvent entendu parler d’une série de manques ou de manquements divers.

 

Et pourtant, la solidarité est la seule valeur qui permettra à nos États de sortir de la crise. La crise - ou les crises - que l’on évoque maintenant depuis plusieurs années, ne peuvent continuer à tenir lieu de prétexte, comme ce fut le cas en d’autres périodes de notre histoire, pour imposer l’austérité à tout prix et briser les mécanismes de solidarité mis en place dans nos pays.

 

Á cet égard, l’expression «Chypre-cobaye», prononcée par le président de la république chypriote lui-même, doit nous faire sérieusement réfléchir.

 

Nous devons tout mettre en œuvre - s’il est encore temps - pour encourager des concertations sociales entre celles et ceux qui savent et vivent le réel, plutôt qu’au profit des théoriciens ou des spéculateurs.

 

Que peuvent faire les parlements pour défendre la cohésion sociale?

 

Notre rôle en tant que représentants ne peut se limiter à expliquer - ou tenter d’expliquer - des mesures élaborées ailleurs, distraites des aspects humains, et très éloignées de la solidarité qui fonde les valeurs européennes.

 

Cette nécessaire solidarité qui participe, non de la charité mais de la dignité humaine, a lieu de se déployer en premier lieu vis-à-vis des personnes les plus vulnérables, à l’écoute de qui il faut toujours rester, et tout particulièrement pendant cette année de la citoyenneté européenne.

 

Notre rôle en tant que parlementaire est aussi d’agir, de réagir et de faire pression pour éviter des conséquences plus graves encore. Ainsi, lorsqu’on entend dire que des secteurs tels que l’éducation et les soins de santé ne constituent plus des postes de dépenses essentiels, cela signifie qu’il y a urgence à prendre les devants.

 

En vue du Sommet de juin 2013, nous pouvons lancer un appel aux présidents des parlements de Pologne, Chypre et de Lituanie, afin de communiquer les conclusions de cette Conférence des Présidents aux chefs de gouvernement, et de défendre notre appel à plus de solidarité et de citoyenneté. 

 

André Flahaut

 

 

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents