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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Sommes-nous en guerre ?

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 24 Février 2012, 16:26pm

Catégories : #Billets d'humeur

Il n’y a pas à le nier, après le choix du devoir et de la Responsabilité dictée par le sens de l’Etat, le PS est pris dans un dilemme terrible puisqu’il doit assumer ses responsabilités gouvernementales vis-à-vis de l’Europe et de la Belgique.

                                       

Dans notre pays, cet engagement a permis d’éviter une crise de régime dans les pires circonstances économiques et sociales. Cela nous a obligé à accepter des décisions impopulaires alors que l’opposition reste confortablement au balcon, ce qui lui évite aussi de prendre des coups pour protéger les plus démunis !

 

Nous savions que cela signifiait de devoir accepter certains effets de politiques dictées par d’autres, une position difficile mais inévitable vu notre position de pays hôte et de pilier de l’intégration européenne.

 

Certains aspects de ces politiques de restriction et d’austérité s’imposaient certes car la dégradation des finances publiques devait être arrêtée faute de quoi l’avenir de l’ensemble de notre système de protection sociale était mis en cause. Nous les avons donc assumées mais nous en récusons l’automaticité et l’atteinte au choix démocratique des Parlements et des gouvernements nationaux sous prétexte de bonne gouvernance européenne.

 

Du moins en Belgique, grâce au PS, ces politiques qui nous sont imposées ont pu faire l’objet d’un dialogue social et d’une prise en compte de leur effet sur la population, ce qui n’est pas le cas ailleurs.

 

Est-ce à dire qu’il n’y a pas d’autre politique possible que d’agresser la population, grecque notamment, victime des manipulations des gouvernements précédents, en lui faisant payer au plus cher le coût de ces tromperies et celui des spéculations massives engagées par un secteur financier qui a perdu le sens de la moralité publique ?

 

Non. Les majorités peuvent changer ! Les peuples et les partis sociaux-démocrates et socialistes peuvent retrouver une voix dans ce débat et corriger ces excès pour offrir à l’Union européenne et à nos pays l’harmonie sociale qui leur manque depuis que la gauche n’est plus majoritaire dans l’Union.

 

Or ces politiques « orthodoxes » sont catastrophiques. Voici quelques chiffres qui indiquent la voie dangereuse sur laquelle elles nous entraînent :  

 

La Grèce a vu son endettement passer à 160% du PNB depuis qu’elle a du engager ces politiques imposées.

 

Au plan économique,

 

·         la production du secteur manufacturier a baissé de 15,5% sur un an

·         la production du secteur industriel a baissé de 11,3%

·         le nombre de faillites a atteint 60.000 unités en 2011

·         le taux de chômage atteint 20,9%

·         le taux de chômage des jeunes, 48% (veut-on la révolution ?)

A-t-on oublié que Grèce, Espagne et Portugal sont les pays qui ont connu les plus longues et récentes dictatures ?

·         le revenu de la TVA a baissé de 18,7%, mais le gouvernement a imposé en septembre un relèvement de la TVA sur l’alimentation et les boissons de 13 à 23%... (veut-on la révolution ?)

·         les revenus fiscaux de l’Etat sont en baisse de 7%

·         le déficit budgétaire reste obstinément fixé à 8/9% du PIB

Pour rappel, à l’attention des prêcheurs d’austérité pour les autres, la durée hebdomadaire du temps de travail en Grèce est toujours de 42h !

 

Cette politique suicidaire, qui fait l’impasse sur toutes les expériences historiques et impose à l’ensemble de l’UE, sauf au noyau nordique, une cure d’austérité sans précédent, ne peut que mettre en péril la croissance et la solidarité au sein de l’Union, y compris à Berlin, à Amsterdam ou à Helsinki…

 

Il est complètement illusoire en effet de croire que l’impact de ces mesures se limitera aux pays les plus faibles.

 

Au plan politique, c’est encore pire.

 

·         En Grèce, le degré de désespoir des gens devient dramatique et l’extrême gauche atteindrait 35% des voix si des élections étaient tenues aujourd’hui…Mais n’oublions pas non plus la réaction de rejet, l’extrême droite qui profiterait aussi de cette chute aux enfers.

·         Quant au Portugal, déjà étranglé par l’austérité, il a vu 300.000 personnes manifester contre celle-ci dans les rues de Lisbonne et la conscience historique du PS portugais, Mario Soares, le tombeur du régime de Salazar, le véritable initiateur de la démocratie dans le pays, s’est vigoureusement élevé contre les politiques dévoyées  qui sont imposées à son pays

·         Dans un pays pourtant protégé et demandeur d’une rigueur accrue vis-à-vis du Sud, les Pays-Bas, les partis démocratiques sont tous en baisse, à commencer par le PVDA (-30% des voix par rapport aux dernières élections), mais aussi le CDA et, en cas d’élections, la droite de la droite, le PVV, deviendrait le premier parti avec 34 sièges, suivi du SP avec 31 sièges !

 

Pour revenir aux résultats de ces politiques…

 

Le résultat est clair : toute la machine économique européenne est grippée et le Sud, le Portugal, l’Irlande et la Grèce sont redevenus des terres d’émigration.

 

Il est temps de proposer d’autres solutions et d’autres politiques et ceci doit viser avant tout à assainir le secteur financier et à réintroduire une réglementation de ses activités.

 

Il faut constater que les USA ont délibérément opté pour une relance keynésienne de l’économie, de l’éducation et des travaux d’infrastructure.

 

Ces mêmes Etats-Unis ont imposé un retour au contrôle des transferts bancaires entre le secteur de prêt et de dépôt aux particuliers et le secteur de l’investissement (c’est-à-dire de la spéculation).

 

Au Royaume-Uni, également, le contrôle de la banque centrale sur les entreprises financières est renforcé et le Parlement s’apprête à voter une loi qui, comme aux USA, limitera strictement la possibilité pour les banques de jouer avec l’argent des particuliers et des entreprises.

 

Que fait l’Union européenne ?

 

Rien, malheureusement, car nous sommes prisonniers d’une conception du laisser-aller économique qui s’efforce de diminuer au maximum le rôle régulateur pourtant essentiel de l’Etat au profit d’acteurs économiques supposés agir dans l’intérêt de tous !

La longue période de stabilité et de croissance des années 1950 à 1990 a été libérée des crises financières systémiques grâce aux garde-fous qui avaient été mis en place après la crise de 1929. Il faut constater par contre qu’il n’a pas fallu quinze ans après l’abrogation de ces lois pour que l’emballement spéculatif provoque la misère et la ruine.

 

La démonstration est donc faite que la régulation n’est pas un obstacle à la prospérité, mais bien plutôt sa garantie.

 

C’est bien pour cette raison que l’existence d’une gauche démocratique et responsable s’impose plus que jamais car elle seule est à même de revenir au sens et aux objectifs initiaux de l’engagement européen basé sur des valeurs communes de solidarité, sur l’attachement aux droits sociaux fondamentaux tels que définis dans la charte sociale européenne et sur les droits sociaux fondamentaux des travailleurs souscrits dans la charte communautaire de 1989.

 

N’est-t-il pas temps que l’on se ressaisisse et que les démocrates fassent entendre leur voix pour annoncer qu’une autre Europe est possible et souhaitable ?

 

Et l’offensive continue.

 

Par un courrier adressé par 12 premiers ministres conservateurs au Président de l’Union et celui de la Commission, il est démontré une nouvelle offensive en règle pour déréguler le marché des services, y compris les services et commerce en ligne et le marché de l’Energie.

 

Bref, l’offensive conservatrice se poursuit, sans doute générée par la crainte de voir les majorités politiques changer sous la pression des politiques engagées depuis 2008.

 

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Gosseye Patrick 03/03/2012 23:14

Bonjour Mr Flahaut

En tant que membre du parti socialiste et citoyen belge, j'aimerai connaître votre position concernant le MES, acceptez-vous qu'un organisme comme la MES soit au dessus des lois nationales et
européennes, que ce même organisme s'octroie tout pouvoir et toute immunité, que celui-ci n'a aucun objectif clair à définir, et qu'il n'a surtout aucune autorité de contrôle. Le MES est une
mascarade, 500 milliards pour sauver la monnaie unique, c'est un fétu de paille lorsqu'on sait que l'Allemagne aurait besoin de 3 fois cette somme si elle devait être à son tour frappée par les
spéculation des banques sur la dette des pays.

Merci d'avance pour votre attention.

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