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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Pertes de mémoire

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 16 Juillet 2012, 08:01am

Catégories : #Billets d'humeur

Bientôt le 21 juillet ! On s’en réjouit un peu moins cette année sans doute parce que cette fois, pas de « pont », la fête nationale « tombe » un samedi …et pas mieux l’an prochain !

Triste mais réaliste cette constatation que pour tant de citoyens, cette date n’ait guère plus d’autre signification que celle d’être un jour férié.

 

Certes, tout n’est pas perdu. Le 21 juillet, ce sont quand même nombre d’activités festives mises en place par les communes, des jeux, un bal, un feu d’artifice.

 

Dans la discrétion des matins, des gerbes seront déposées devant les monuments aux morts.

 

A Bruxelles, il y aura le traditionnel défilé militaire que j’ai eu l’honneur d’organiser, huit années consécutives.

L’une de ces années, nous fûmes gratifiés d’une drache nationale particulièrement généreuse. Dans les jours qui suivirent, je reçu nombre de lettres d’insultes : quoi ? J’avais laissé défiler les Anciens Combattants dans la pluie et dans le vent. Honteux,

scandaleux, inadmissible …

 

Il est vrai que j’ai toujours souhaité les mettre à l’honneur et qu’ils ont toujours souhaité participer au défilé. C’était tout simplement évident, légitime, de nos deux points de vue.

 

Vu cet incident et la volée de bois vert qui s’en suivit, j’ai discuté avec leurs représentants et à la demande de ceux-ci, il fut décidé qu’en considération de leur grand âge et des caprices bien connus de notre météo, les Anciens ne défileraient plus mais seraient bien évidemment présents, dans une tribune couverte qui leur serait dédiée.

Ainsi fut fait. ….et nouvelle volée de bois vert ! Quoi ? Vous interdisez aux Anciens Combattants de défiler …Honteux, scandaleux, inadmissible …

 

Il arrive que les caprices de l’opinion publique s’avèrent aussi difficiles à maitriser que ceux du temps météorologique !

 

Toutefois, des Anciens Combattants défilent encore, ce sont ceux que l’on appelle aujourd’hui les Vétérans. J’ai voulu que soient également reconnus celles et ceux qui ont participé aux différentes missions de la paix pour lesquelles notre armée s’est engagée sur des terrains d’opération à l’étranger. Ils sont allés au Kosovo, en Afghanistan, au Liban et ailleurs. Je leur ai donné un statut, je n’ai malheureusement pas eu le temps de leur accorder les droits que leur engagement mérite.

 

A l’aune du temps qui passe et des rumeurs qui me sont parvenues, je ne cache pas mon pessimisme à cet égard et plus encore.

 

Bien que contraires à la déclaration gouvernementale, des velléités de suppression de l’Institut des Vétérans se font jour. Certes, ses compétences actuelles seraient réparties entre diverses administrations mais cela priverait les bénéficiaires – majoritairement très âgés - de leur interlocuteur historique et sa politique mémorielle en serait gravement compromise, voire vouée à la disparition.

On peut y voir, j’en conviens, dans l’esprit de certains, un souci d’économie d’échelle au niveau administratif, honorable en ces temps de rigueur budgétaire, mais elle sera insignifiante. A contrario, les conséquences seront tristement dommageables pour les Anciens et pour la politique mémorielle.

En ces temps proches des commémorations de 14-18 et de la lutte contre la résurgence de l’extrême-droite, ce dessein me semble très malvenu.

 

L’Histoire qui s’écrivait par les hagiographes s’écrit aujourd’hui sous la pression des mémoires collectives. On cherche parfois à compenser le déracinement du social et l’angoisse de l’avenir par la valorisation du passé – on le constate par les succès des manifestations folkloriques – mais on fait aussi une sorte de tri collectif, on « zappe », on ne souhaite plus se sentir concerné par les pages les plus sombres et les plus anciennes de notre Histoire, on décide d’ignorer qu’elles ont été les plus glorieuses, les plus courageuses.

 

A contrario, je pense que cette exemplarité doit pouvoir servir aux jeunes générations.

 

Je crois qu’elle peut aussi être appréhendée par celles et ceux qui ont nouvellement acquis notre nationalité. Ce n’est pas renier ses origines que d’apprendre ce qui a fait du pays d’accueil la démocratie qu’il a sollicitée. Connaître et comprendre l’Histoire pour fêter ensemble ses victoires, c’est en faire au présent, une histoire transgénérationnelle et multiculturelle, garante d’un avenir commun possible et solidaire.

 

Je sais que d’aucuns considèrent que la mémoire est dépassée et inutile et lui nient tout intérêt sociétal. N’en restent que quelques scories administratives que les années effilocheront naturellement. Cela suffit à leur indifférence et suffira à leur bonne conscience.

 

Ce point de vue n’est pas le mien. Il est ma préoccupation.

 

Je crois que parmi nos repères sociaux, il y a celui de la mémoire civique, la prise de conscience des droits dont nous jouissons aujourd’hui, le souvenir de ceux qui les ont acquis ou défendu, comment et à quel prix.

Décider de l’ignorer serait plus qu’une injustice, un outrage, plus qu’une erreur, une faute.

 

Ce 21 juillet, dans le Parc de Bruxelles, haut lieu de notre révolution, il y aura des jeux, des clowns, des ballons et de la barbe à papa., quelques vieux messieurs très décorés, un peu perdus et des amoureux, des enfants en débandades, des cris de joie et de petits chiens apeurés, il y aura la liberté que sa banalisation a rendue légère et inconsciente.

 

Au devoir de mémoire il n’est pas absurde de proclamer le droit à l’insouciance.

 

C’est aussi celui que je souhaite à tous en cette veille de Fête nationale.

Et beaucoup de soleil en plus !

 

André Flahaut

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JABLONKA A-M 17/07/2012 18:18

Merci Monsieur de défendre l'INIG avec tant d'ardeur et de
courage. Les Anciens nous ont montrer l'exemple pour défendre les valeurs de la Belgique unitaire .Il est regrétable que les nouveau Jeunes Belge se soucient peu du passé ,des souffrances, des
privations subillent par les Déportés, les prisonniés de guerre ,des camps de la mort.

Patrick DESCY 17/07/2012 13:03

L’idée de supprimer l’IV-INIG (Institut des Vétérans – Institut National des Invalides de Guerre) dans l’espoir de réaliser des économies au sein du Département de la Défense est une piste qui est
régulièrement envisagée.

En effet, par un raisonnement assez simpliste, il est tentant d’imaginer qu’un tel démantèlement pourrait rapporter au Budget des dizaines de millions d’euros d’économie. Or, si le budget annuel de
l’IV-INIG s’élève à quelques 40 millions d’euros, on constate, après analyse, que 76% de cette somme resterait toujours à charge de l’État. Il existe des obligations légales afin d’assurer le
remboursement des soins de santé et des actions sociales pour les ayants droit.

Après décompte de ce pourcentage, il ne resterait que 9,6 millions d’euros sur lesquels une économie serait possible. Cependant, il faut savoir que sur les 150 agents de l’IV-INIG, 97 sont des
statutaires et 53 sont des contractuels. Donc, même en procédant au licenciement de tous ces contractuels, il ne resterait que la somme de 3,56 millions d’euros de laquelle toute une série de frais
serait encore à déduire.

Par exemple, les frais de licenciement, les frais de résiliation pour des contrats de location en cours, etc. Bref, en fin de course, un tel démantèlement ne mènerait qu’à de très faibles économies
en regard d’une telle disparition.

Sur base de cette estimation, on s’interroge sur le bien-fondé d’une telle mesure, qui est pourtant à l’étude dans plusieurs Cabinets ministériels. L’aboutissement d’un tel projet ne remettrait
pourtant pas en cause l’aide aux bénéficiaires actuels que sont les Invalides de Guerre, sauf en modifiant la loi. Par contre, il est évident que le devoir de mémoire serait touché de plein fouet
et que le futur statut des nouveaux vétérans risquerait ne de jamais voir le jour.

Il faut rester très attentif à ce que les trois principales missions de l’Institut soient préservées. Pour rappel, il s’agit premièrement du remboursement des soins de santé au profit de certains
ressortissants. Ensuite vient l’Action sociale au profit des tous les ressortissants de l’Institut. Pour terminer, il y a l’Action morale qui consiste à la transmission de la Mémoire des sacrifices
réalisés durant les deux premières guerres mondiales et jusqu’à nos jours, ceci au profit de l’ensemble de la population belge, et surtout des plus jeunes.

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