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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Pélerinage annuel à la Caserne de Dossin le 08 septembre 2013

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 9 Septembre 2013, 09:03am

Catégories : #Discours

Mesdames, Messieurs en vos titres et qualités,

Cher(e)s ami(e)s,

 

C’est avec une émotion toute particulière que je m’exprime devant vous aujourd’hui.

 

D’autant plus que j’ai toujours été fidèle à ce rendez-vous plus qu’indispensable de la mémoire.

 

Car – et je le dis avec toute la solennité qui sied – il a toujours fallu – et il faudra malheureusement encore – lutter contre celles et ceux qui souhaitent tourner cette page de l’Histoire.

 

Or cette page est écrite avec du sang indélébile et notre rôle est de s’assurer que toujours, la flamme du souvenir sera bien entretenue dans notre pays.

 

***

 

Il y a quelques mois, le journal Le Soir relatait la projection du film « La Rafle » dans une école secondaire de la commune bruxelloise de Schaerbeek.

 

« Il n’est pas si mal Hitler », « de manière générale, je suis pour Hitler », voilà des phrases qui ont été dites à cette occasion.

 

C’est avec effroi et stupeur que j’ai lu cet article.

 

Car – nous en sommes toutes et tous conscients – l’école doit jouer un rôle primordial dans la perpétuation de la mémoire, j’y reviendrai.

 

***

 

Il y a à peine 70 ans, était commis sur nos terres européennes la pire extermination programmée et industrielle de l’histoire de l’humanité.

 

Il y a 70 ans, notre continent a engendré la plus extrême barbarie que l’on puisse imaginer.

 

Il y a 70 ans, dans notre pays, des personnes qui s’imaginaient à l’abri de la haine raciale et de l’antisémitisme, ont été les victimes de l’indicible mal.

 

« L'Enfer, c'est là où il n'y a pas de pourquoi » a écrit Primo Lévi. Ce Mal là, cela a été l’incarnation de l’Enfer.

 

70 ans plus tard, les devoirs de mémoire et d’action sont plus que jamais essentiels. Les derniers survivants nous quittent petit à petit. Pourtant, témoigner du passé pour que l’Histoire ne bégaie pas est de l’ordre de l’essentiel.

 

Se souvenir, témoigner, enseigner encore et toujours.

 

Les deux dernières années de l’école secondaire devraient d’ailleurs être l’occasion de se concentrer sur cette période sombre de notre histoire, pas seulement de la Belgique mais de l’ensemble de l’Europe.

 

Le XXème siècle européen marquera à tout jamais notre histoire collective.

 

Cela doit être LA priorité de l’enseignement de l’Histoire.

 

Donner à nos jeunes les clés leur permettant de comprendre ce que sont  les racines du mal est le meilleur antidote pour que de telles atrocités ne se reproduisent pas.

 

C’est pour permettre cela que j’ai – par exemple lorsque j’étais Ministre de la Défense et des Anciens combattants – travaillé avec des compagnons de route comme Nathan Ramet, Georges Schneck ou encore David Susskind pour, entre autres, digitaliser l’ensemble des archives belges relatives à cette sombre période.

 

C’est aussi la raison pour laquelle nous avons travaillé d’arrache pied avec le Premier Ministre de l’époque – Guy Verhofstadt – ainsi qu’avec le Baron Paul Halter pour restaurer le pavillon belge d’Auschwitz.

 

Des témoignages, des traces du passé, voilà un legs important que nous devons faire aux futures générations.

 

***

 

Mesdames, Messieurs,

 

Dans notre pays, l’Histoire est maintenant connue.

 

Il faut la dire et la redire. Et surtout la faire comprendre aux jeunes générations.

 

A peine installés, les nazis réquisitionnèrent cette caserne malinoise de Dossin pour la transformer en antichambre des camps de la mort.

 

Il y eut d’abord les convocations pour le travail obligatoire, un piège dans lequel tombèrent des milliers de victimes. Ensuite, l’Occupant décida de doubler les objectifs. Il lui fallait non plus 10.000, mais 20.000 Juifs.

 

Ce fut le début des rafles, dans les rues d’Anvers surtout, et aussi de Bruxelles.

 

Si cet épisode est l’un des plus noirs de notre histoire, ce n’est pas seulement par l’horreur qu’il suscite.

 

C’est aussi parce qu’il a impliqué la collaboration.

 

Collaboration de citoyens belges et de nombreuses autorités de notre pays.

 

Nous devons regarder notre propre vérité.

 

Comme l’a dit le Premier Ministre Elio Di Rupo, ici-même, le 9 septembre dernier, il y a eu une participation de l’appareil d’Etat belge dans la déportation des Juifs de Belgique.

 

Cette vérité, notre pays doit la reconnaître officiellement.

 

Le travail scientifique a été fait avec l’étude du CEGES sur la Belgique docile.

 

C’était au Parlement de prendre ses responsabilités.

 

Et je suis fier pour mon pays qu’il l’ait fait puisque le Sénat a adopté le jeudi 24 janvier de cette année une résolution par laquelle il reconnaît « la responsabilité de l'Etat belge pour la persécution des Juifs en Belgique pendant la Deuxième guerre mondiale ».

 

Cela complète totalement les déclarations des Premiers Ministres Verhofstadt et Di Rupo.

 

Qu’il s’agisse de collaboration active ou passive, durable ou limitée dans le temps, individuelle ou collective, elle constitue une flétrissure que nous devons tous assumer.

 

Les conclusions de l’étude du CEGES sur la déportation des Juifs de Belgique sont accablantes.

 

Je pense d’ailleurs que le Parlement pourrait demander au CEGES de réaliser un document plus court à l’attention de tous les écoliers de notre pays.

 

Cette étude a notamment contribué à faire tomber un mythe trop largement répandu, celui d'autorités belges qui auraient été impuissantes face à l’occupant nazi.

 

A travers l’implication d’un certain nombre d’autorités, l'Etat belge a adopté une attitude beaucoup trop docile.

 

Je l’ai dit, il faut le reconnaître officiellement : ces autorités ont mené avec l’occupant allemand dans des domaines cruciaux une collaboration indigne.

 

Indigne d’une démocratie, indigne de nos valeurs fondamentales.

 

Cette collaboration a eu des conséquences dramatiques pour la communauté juive. Ces autorités belges se sont rendues complices du crime le plus abominable.

 

S’il est vrai que nous portons collectivement la fierté d’avoir eu en Belgique de très nombreux résistants – près de 1.500 « Justes » ont leur nom gravé au Yad Vashem de Jérusalem – cette faute criminelle restera une tache indélébile dans l’histoire de notre pays.

 

Je reprends les mots du Premier Ministre : « Une tache moralement imprescriptible, une responsabilité ineffaçable. »

 

Mesdames, Messieurs,

 

La Belgique a – ces dernières années – fait énormément pour que les victimes juives de la Shoah bénéficient d’une réparation.

 

On le sait très bien : aucune indemnité financière n’effacera ou ne soulagera la douleur de ce qui a pu être vécu.

 

Mais il était de notre devoir de mettre en place la Commission Buysse de dédommagement des membres de la communauté Juive. Il était de notre devoir de prévoir des rentes pour les victimes et les enfants cachés de la Shoah.

 

Certes, aucune loi n’est parfaite et, comme je l’ai toujours fait, je remettrai le travail sur l’ouvrage au Parlement dans les prochains mois pour que ces textes légaux puissent être améliorés.

 

***

 

Mesdames, Messieurs,

 

En ce jour où nous célébrons la libération des camps de concentration et d’extermination

 

En ce jour où nous nous souvenons que l’Humanité est morte à Auschwitz

 

Je veux dire notre engagement à rester fidèle à ce qui fait de nous des Hommes et des Femmes debout, empreints d’Humanité et de Justice.

 

Je veux dire notre engagement à rester fidèle à ce que nous disons depuis le 8 mai 1945 : Plus jamais ça !

 

Ce combat, nous devons le mener ici mais aussi partout dans le monde où la bête immonde ressurgit des entrailles du Mal.

 

Et en particulier en Europe – qui a vu naître le nazisme et le fascisme – nous ne pouvons pas tolérer la résurgence de ces partis à caractère antisémite ou raciste.

 

Il en va de notre honneur.

 

Je vous remercie pour votre attention et profite de l’occasion pour vous souhaiter à toutes et à tous une excellente année 5774.

 

Une année de paix, de bonheur et d’épanouissement individuel et collectif.

 

Shana tova !

 

André Flahaut.

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