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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Oui à l’Europe … mais pas à celle-là !

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 22 Novembre 2011, 11:52am

Catégories : #Billets d'humeur

La crise financière et bancaire née aux Etats-Unis, il y a trois ans, continue de menacer gravement notre prospérité, notre développement économique, la confiance en notre monnaie commune et par voie de conséquence, une meilleure solidarité, une stabilité sociale,  notre avenir, celui de nos enfants et de nos retraites.


Cette crise et sa gestion au niveau européen génèrent peu à peu une crise de confiance des citoyens dont les « indignés »  sont la partie la plus visible.  Il est donc urgent de renouer avec un projet européen compris et accepté par les citoyens,  un projet constructif.


Ne perdons pas de vue que la crise de la  dette des Etats est avant tout le résultat de la crise financière et donc non imputable aux femmes et hommes politiques.


On se focalise sur l’encadrement des Etats mais force est de constater que  l’encadrement des marchés  reste très insuffisant, voire inexistant.  Il faut aller beaucoup plus loin en instaurant par exemple,  dès maintenant, une taxation de la spéculation ou en mettant en place une agence européenne de notation pour casser le monopole des agences par exemple,  qui font aujourd’hui la pluie et le beau temps.


Nécessité :


La nécessité de réduire l’endettement des Etats tout en préservant des moyens pour l’avenir  et celle  de rétablir la confiance dans notre monnaie commune ne sont pas contestables. Personne ne veut plaider pour une irresponsabilité budgétaire. Personne n’a le monopole du souci d’une gestion sérieuse des finances publiques.


Question :


La question est de savoir si l’on veut une austérité de principe qui punit les mauvais élèves, sans oublier tous les « dommages collatéraux inévitables,  ou une rigueur budgétaire qui permet un retour de la croissance et de l’emploi.


- Le FMI, les Nations Unies  nous ont déjà mis en garde sur les effets pervers de l’austérité brutale. L’austérité n’est pas une fin en soi. Les cures d’austérité qui sont imposées aux populations par l’Europe sont parfois si radicales qu’elles ne font qu’aggraver la situation économique, financière et sociale. Le cas grec est ici exemplaire d’une austérité qui détruit plus qu’elle n’assainit.  On parle beaucoup de sanctions automatiques, de suppression des fonds européens mais quel est le but ? Punir les citoyens ?!


- Le souci de l’assainissement budgétaire affiché par l’Europe doit être maîtrisé et doit respecter les équilibres socio-économiques des Etats membres. Mais ceci n’implique pas l’adoption aveugle de politiques qui plongeront rapidement toute l’Europe dans la récession et rendront le processus d’assainissement des finances publiques encore plus difficile… Le résultat de la « nouvelle gouvernance » économique ne peut pas être de prolonger la crise et d’aggraver la situation économique et sociale.

La vraie mission de l’Europe et son mauvais rôle


L’Europe a bien sûr une mission essentielle à jouer dans la crise : celui de mettre en place des instruments d’évitement d’une nouvelle crise, de protéger les citoyens européens. Elle n’a ni pour but ni pour rôle d’affaiblir leurs droits, de fragiliser les solidarités sociale, économique ou budgétaire. Oui, l’Europe peut définir les grands objectifs économiques à atteindre. Oui, la Commission peut évaluer et conseiller les gouvernements nationaux. Oui, il faut soutenir les Etats sous aide financière. Mais il est inadmissible que l’on nous impose des solutions qui relèvent clairement de choix idéologiques établis sans véritable dialogue et sans accord avec les tenants de la légitimité, c’est-à-dire les Gouvernements et les Parlements nationaux.

Les technocrates ? Danger !


Ne soyons pas naïfs, quand les marchés se réjouissent de la mise en place de gouvernements de techniciens c’est surtout parce que les techniciens en question sont passés par l’école Goldman Sachs. Le marché reconnaît les siens et tant pis pour les élections, les citoyens doivent attendre avant  que soit pris en compte leur avis quant au destin de leur pays et à la manière dont il souhaite le gérer.


Une Europe qui refuse la solidarité entre les Etats et les Européens, s’écarte de sa raison d’être. C’est une Europe qui refuse son destin commun et qui contribue à la renaissance des nationalismes. Ce danger existe, car l’Union n’est pas comparable à une nation homogène, l’UE n’est pas les Etats-Unis. Elle est constituée de 27 Etats membres qui ont volontairement décidé de mettre fin aux guerres pour bâtir un projet commun. Pour que ce projet reste légitime, il doit continuer de répondre aux aspirations de nos concitoyens et  des populations. Il est temps que les responsables du projet sortent de leur tour d’ivoire et en prennent conscience !


L’Europe est une Union à 27. Même si la « locomotive » franco-allemande est nécessaire à son bon fonctionnement, elle n’a pas à imposer ses solutions contre-productives à travers une sorte de directoire à composition limitée. L’Europe n’a pas à payer l’inquiétude et l’agitation de certains que l’on sait focalisés sur leurs réélections.


Aujourd’hui, il ne s’agit pas uniquement de  restaurer la confiance des marchés, déclencheurs de la crise. Il s’agit, de manière urgente, de renouer la confiance avec les citoyens confrontés, au  cœur de leur quotidien,  à une crise historique.


Il est de leur évidente légitimité d’être  entendus, compris et soutenus.


André Flahaut

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marie-claude leloire 04/12/2011 14:47

j'aimerais tant que l'Europe vous entende ...

César Botero González 24/11/2011 15:19

A la ligne huit de mon commentaire: "Aux banquiers qui ne pratiquent pas rétrocontrôle ?" lisez :" Aux banquiers qui ne pratiquent pas l’auto-contrôle ?

César Botero González 24/11/2011 15:09

Monsieur Flahaut,

Selon vous « la crise de la dette des États est avant tout le résultat de la crise financière et donc non imputable aux femmes et hommes politiques ». Vous l’avez dit le dimanche 20 novembre à «
Mise au point » de la RTBF et vous le redites dans votre blog. C’est comme si vous nous disiez que le réchauffement de la planète est dû à l’effet de serre « et donc non imputable » a ses
habitants.

Même quand vous affirmez plus loin : « On se focalise sur l’encadrement des États, mais force est de constater que l’encadrement des marchés reste très insuffisant, voire inexistant », vous gardez
le silence sur les responsables de cette absence ou l’insuffisance d’encadrement. A qui la faute ? A la main invisible si chère aux libéraux et qui n’est responsable devant personne ? Aux banquiers
qui ne pratiquent pas rétrocontrôle ? Aux spéculateurs dépourvus d’esprit civique ? Aux épargnants et aux actionnaires naïfs et quelques fois cupides ? Aux syndicats qui demandent trop ou pas assez
? A la Providence ? A la fatalité ? Aux citoyens incapables de créer une démocratie participative pour contrôler la démocratie représentative ? Ou serait-t-elle aux femmes et hommes politiques qui
nous gouvernent pour ne pas avoir fait leur devoir ?

Dans une démocratie représentative le contrôle politique sur le monde de la finance doit être exercé par les politiques. Eux seuls ont la légitimité pour le faire. Nous vous avons élu pour
gouverner pas pour laisser gouverner les banquiers et les experts.

Voyons, à titre d’exemple, quelques décisions politiques concernant les marchés financiers :
Pour faire face aux conséquences de la crise financière de 1929, Roosevelt fait voter, en 1933, le Glass-Steagall Act dont le but est l’assainissement des activités bancaires en séparant les
banques de dépôt et les banques d’investissement et la création d’une autorité de contrôle des marchés financiers, la Securities and Exchange Commission. L’application de cette loi eut les
résultats attendus. Voilà un acte politique responsable. Cette loi fut supprimée en 1999 sous le mandat de Clinton. Voilà un acte politique irresponsable. C’est Ronald Reagan qui a signé les lois
de déréglementation des marchés financiers. Voila un acte politique irresponsable. Bien entendu, on peut citer des actes similaires en Europe. Le sénat américain a voté, le 15 juillet 2010, la loi
Dood-Frank visant à assainir les marchés financiers. Elle est considérée comme la plus grande reforme du secteur financier depuis 1933. Voilà un acte politique responsable même si cela n’efface pas
des actes irresponsables commis auparavant.

Qui a fait de la Banque Central européenne (BCE) un organisme indépendant, échappant à tout contrôle politique ? Les femmes et les hommes politiques. Cette indépendance est plutôt une dépendance
vis-à-vis des banquiers. Pire encore, la politique monétaire est confiée à un organisme présidé aujourd’hui par un ancien de la Goldman Sachs. Depuis sa création, la BCE n’a cesse d’encourager des
politiques très libérales : flexibilité du marché de l’emploi, des prix, des salaires, suppression de l’index, diminution des allocations de chômage…

Qui a décidé que les banques centrales nationales et la BCE ne peuvent plus prêter de l’argent sans intérêts aux États obligeant ceux-ci à se tourner vers les banques privées ce qui fait de
celles-ci les grandes bénéficiaires des dettes souveraines au détriment des citoyens ? Les femmes et les hommes politiques signataires des traités de Maëstricht et de Lisbonne.

Pourquoi le Comité de Bâle, chargé de la supervision internationale des banques n’a aucun pouvoir contraignant ? Parce que les banquiers n’en veulent pas. Les femmes et les hommes politiques se
soumettent à cette volonté.

Vous dites encore « Ne soyons pas naïfs, quand les marchés se réjouissent de la mise en place de gouvernements de techniciens c’est surtout parce que les techniciens en question sont passés par
l’école Goldman Sachs ». Bien sûr, mais pourquoi Mario Draghi et Mario Monti, anciens dirigeants de la Goldman Sachs sont à la tête, l’un de la BCE et l’autre de l’Italie ? Pourquoi Papademos,
ancien gouverneur de la Banque Nationale Grecque est le premier ministre de la Grèce ? Parce que les femmes et les hommes politiques n’ont rien fait pour leur barrer la route. Pourquoi la Grèce a
pu adhérer à l’Union européenne et à la zone euro après avoir trafiqué leur comptabilité ? Parce qu’Eurostat n’avait pas le pouvoir de contrôler les comptes maquillés des grecs et quand ils ont
reçu des politiques le pouvoir de le faire, la France et l’Allemagne - leurs politiques- ce sont opposés. Pourquoi Mario Monti n’a pas invité les partis politiques à faire partie du gouvernement ?
Pour leur éviter, selon ses propres paroles, de se trouver dans l’embarras. En effet, les partis politiques italiens sont soulagés de rester au balcon par peur de se mouiller.

Bruno Lemaire, ministre français de l’agriculture, déclarait le 19 novembre dernier sur France 2 (je cite de mémoire) : dans des situations exceptionnellement difficiles, il faut des techniciens à
condition que ce soit pour une courte de durée. Voilà l’aveu d’impuissance d’un homme politique. Donc, pour résoudre des problèmes graves, il faut de gens « sérieux ». Quand ils auront résolu les
problèmes difficiles, les femmes et les hommes politiques pourront revenir dans le bac à sable pour jouer à gouverner et s’occuper de problèmes plus faciles à résoudre.

Ce sont les politiques qui doivent gouverner. Nous vous avons élu pour ça. Alors, gouvernez. Et si vous êtes incapables d’encadrer les banquiers, de mettre de l’ordre dans les marchés financiers et
de gouverner, cessez de dire : Ce n’est pas nous, ce sont les autres. Oui, je sais, il n’est pas facile de mettre d’accord les 27 pays de l’Union européenne et les partis politiques. Mais si chaque
pays et chaque parti dit la même chose, il n’y aura pas de changements d’autant plus que les banquiers du monde entier n’ont pas des difficultés à se mettre d’accord entre eux.

1. Pourquoi les femmes et les hommes politiques de l’Union européenne n’ont rien fait depuis 2008 pour contrôler les marchés financiers et adopter des mesures cohérentes pour sortir de la crise ?
Je pourrais citer encore des dizaines d’exemples, ou la responsabilité des hommes et des femmes politiques est engagé, mais je ne pense que ce soit nécessaire.


Que la bonne fortune soit toujours avec vous,


César Botero González
Membre du PS


Deux petites question entre nous et qui n’ont rien à voir avec vous.

2. Alexandre De Croo souffrirait-il du syndrome d’Erostrate ?
3. Ne pensez vous qu’il serait bénéfique de remplacer les cinq gamins négociateurs, inexpérimentés, peu mûrs et fils de… ? Bruno par Johan Van Delanotte, Alexandre par Guy Verhofstadt, Wouter par
Mark Eiskens (fils de… mais a fait ses preuves), Charles par Louis Michel et Benoit par Philippe Maystadt ?

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