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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Mon intervention à la conférence des Présidents des Parlements de l'UE à Nicosie

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 22 Avril 2013, 12:44pm

Catégories : #Discours

Rapprocher l’Union européenne de ses citoyens : La relation de l’opinion publique et des médias avec les parlements nationaux et européen

 

Les résultats de l’Eurobaromètre « citoyenneté de l’Union européenne » font apparaître que moins de 50% des personnes interrogées indiquent connaître la signification du terme « citoyenneté européenne »… Or, cette notion permet aux européens d’être actifs dans l’organisation de l’Union.

 

Il faut donc renforcer leur sentiment d’appartenance à l’Union pour garantir leur rapprochement aux institutions européennes et à la prise de décision au niveau européen. La démocratie doit se construire en amont mais également en aval par l’utilisation des droits offerts aux citoyens.

 

Selon l’article 11 du Traité de l’Union européenne, les institutions de l’Union ont pour tâche de donner, aux citoyens et aux associations représentatives, la possibilité de faire connaître et d’échanger publiquement leurs opinions dans les domaines d’action de l’Union et ce, par les voies appropriées…

 

Comment imaginer, aujourd’hui, de ne pas recourir aux réseaux sociaux pour promouvoir, auprès des citoyens, leur participation civique et une meilleure compréhension de l’Europe ? Il faut, dorénavant, mieux informer le citoyen européen de l’utilité et des conséquences d’une Union plus forte.

 

 

Actuellement, de manière fréquente, l’Europe et ses institutions sont toujours perçues comme étant trop éloignées de la vie quotidienne de ses habitants. Le travail des parlementaires est souvent gommé par le citoyen et engendre à tort l’impression d’un certain immobilisme. Les crises économique et budgétaire que nous traversons au sein de l’Union écartent davantage encore l’européen des institutions européennes !

 

Par ailleurs, et il est important de le souligner, la Commission européenne adresse actuellement une multitude de documents aux parlementaires nationaux, les privant, finalement, de la réflexion à mener sur leurs objets et mettant à mal le principe de subsidiarité applicable dans l’Union européenne... Trop de document tue le processus législatif démocratique ! Ne pourrait-on, dès lors, pas penser à faire une procédure de silence entre les parlements nationaux et européen, comme à l’OTAN, pour éviter une marche forcée imposée par la Commission ?

 

Cette image de structure politique « autiste » favorise, au final, la présence d’un électorat pour les partis populistes et eurosceptiques… Des pratiques contraires aux valeurs défendues par la démocratie pourraient alors naître.  

 

Dès lors, interrogeons-nous sur les moyens que les assemblées parlementaires pourraient mettre en œuvre pour dialoguer avec le public et sur le rôle que les médias tiendraient pour résorber la crise de confiance des européens face à l’Union.

 

Indéniablement, les médias jouent un rôle important dans les informations délivrées aux citoyens et contribuent au bon fonctionnement de la démocratie. Les médias jouent leur rôle de vigiles et apportent un regard critique sur les questions d’intérêt général en permettant aux citoyens de se forger une opinion. Toutefois, les médias doivent respecter une règle de transparence tout en préservant le secret de leurs sources et la vie privée.

 

A l’occasion de la Conférence des Présidents des parlements de l’Union européenne organisée à Varsovie au mois d’avril 2012 concernant le Parlement, l’opinion publique et les médias, j’avais eu l’occasion de souligner le rôle important des réseaux sociaux. Ces nouveaux supports médiatiques révèlent de facto l’existence d’un journalisme innovant, se voulant plus rapide et plus communicatif.

 

Toutefois, les journalistes ne sont plus les seuls intermédiaires véhiculant l’information. L’internaute, lui-même, est devenu un transporteur d’information lorsqu’il surfe sur la toile en vue de publier son propre message à d’autres utilisateurs connectés. Cependant, il pourrait diffuser des informations contraires aux valeurs de la démocratie. Ces conséquences ne peuvent pas être ignorées…

 

Il conviendrait donc de trouver l’équilibre entre le droit du citoyen à la liberté d’expression et le droit de l’intérêt général visant à protéger les valeurs démocratiques.

 

Une piste de solution pourrait se trouver dans un modèle similaire à celui inscrit dans la directive relative au commerce électronique qui responsabiliserait les utilisateurs et les hébergeurs de site internet du contenu des informations publiées.

 

Afin de rapprocher les européens de l’Union, le dialogue entre parlementaires et le public doit devenir un moyen d’action prioritaire. Au-delà des contacts personnels à renouer entre l’homme politique et le citoyen, une clarification des actions politiques devient plus que nécessaire : quel est le rôle du parti ? Comment le Parlement contrôle-t-il le gouvernement ? Quelles sont les attentes du ministre compétent ?

 

Par ailleurs, pour faciliter la lecture des débats parlementaires, le monde politique doit vulgariser son jargon lorsqu’il recourt aux médias et, plus particulièrement, aux médias sociaux. Les parlementaires doivent expliquer aux citoyens, de manière didactique les enjeux des actions qu’ils entendent. A titre d’exemples, des forums interactifs sur les sites des parlements ou une newsletter parlementaire pourraient être créés. Des émissions « actu-sessions » sur les enjeux des sessions plénières, « semaine parlementaire » pour résumer les travaux en radio ou « droit de suite » pour assurer le suivi des dossiers proposés par les parlementaires pourraient être envisagées. Le système des communications devrait pouvoir s’étendre au pouvoir législatif pour que les Présidents des assemblées fassent le point sur les enjeux parlementaires de manière trimestrielle. En outre, la création d’une Agence Média des parlements européens et un site web avec une web-TV et des liens vers les dossiers connexes pourraient également être constitués.

 

Attention néanmoins à ne pas tomber dans le risque de voir le débat parlementaire se situer en dehors des assemblées et ne plus se faire qu’à travers les médias ! Le processus décisionnel parlementaire n’est, certainement, pas le résultat final d’opinions diverses additionnées. Au contraire, il est le fruit de délibérations et de concertations entre groupes politiques. Un autre risque existe dans le recours systématique aux médias sociaux : l’information brute. Au sein de notre société, la vitesse des médias augmente de manière fulgurante en vue de transmettre des informations de plus en plus concises et rapides (internet à haut débit ou 4G)…

 

Cette information est délivrée telle quelle et n’a pas fait l’objet d’un quelconque traitement. Dès lors, se pose la question de savoir si le lecteur dispose des outils nécessaires pour polir l’information ou s’il l’avale telle qu’elle se présente.

 

Il existe également un autre risque : celui d’un type de réseau social comme « twitter ». Les citoyens et les parlementaires doivent faire preuve de vigilance en l’utilisant. Ce réseau donne, en effet, peu d’informations pertinentes et fiables puisque les gens finissent par « twitter » entre eux.

 

En mars 2013, la 128ème Assemblée de l’Union interparlementaire s’est tenue à Quito, en Equateur. L’Assemblée a adopté à l’unanimité une résolution sur le recours à divers médias, y compris les médias sociaux, pour accroître la participation des citoyens et améliorer la démocratie. Entre autres, l’Assemblée appelle les parlements à diffuser auprès du public des informations sur les travaux, les débats et les procédures parlementaires et encourage les parlements à utiliser divers médias pour interagir avec les citoyens. Toutes les assemblées parlementaires des Etats membres de l’Union s’y sont engagées du point de vue national.

 

Aujourd’hui, si les parlements nationaux aidaient les institutions européennes en se constituant « facilitateurs de débats sur les questions européennes » à travers les médias sociaux, c’est la démocratie qui en sortirait vainqueur ! En effet, les assemblées parlementaires constituent le cœur de notre système démocratique.

 

André Flahaut.

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