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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Mon discours pour l'ouverture du Colloque international : "Femmes et justice"

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 11 Mars 2014, 14:01pm

Catégories : #Discours

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

 

          C’est un grand honneur qui m’est fait aujourd’hui de pouvoir faire l’introduction à ce colloque international, mis sur pied par le Collectif des Femmes de Louvain-la-Neuve.  Même si je n’ignore pas que l’ancienne ministre de la Justice et actuelle ministre des Affaires Sociales, la Vice-Première Ministre Laurette Onkelinx, aurait dû occuper cette tribune.  Mais tout compte fait en m’invitant les organisateur ont assuré une deuxième touche masculine dans le panel très féminin.

 

          J’aimerais tout particulièrement saluer le travail et la persévérance du Collectif, qui depuis des années contribue à la création d’un véritable maillage entre hommes et femmes du monde entier, entre femmes et hommes d’ici et d’ailleurs.

           Un travail quotidien y est produit, que ce soit dans l’insertion socioprofessionnelle ou à un niveau plus local avec les nombreuses initiatives et actions de développement social et ce n’est pas toujours compris mais toujours difficile.

          On peut aussi souligner que votre ASBL a toujours réussi à célébrer certains anniversaires de manière formidable,  ceux qui ont eu l’occasion d’assister au défilé fêtant les trente ans de l’association savent de quoi je parle.

 

Même après plusieurs éditions, ce colloque international est toujours d’actualité, comme tout autre rassemblement qui a comme objectif de sensibiliser la société à cette thématique de la justice. 

 

          Tout d’abord, n’oublions pas une chose fondamentale, mais qui l’est toujours essentielle de rappeler, les femmes sont majoritaires dans l’humanité. C’est un fait, il y a plus de femmes que d’hommes sur terre.

          Il est donc tout naturel, mesdames, de vous rendre justice et ce dans de nombreux domaines. Le premier que je vais aborder concerne le rôle que vous jouez, que vous avez joué et que vous jouerez dans la gestion de la cité et cela partout dans le monde. Et par gestion de la cité j’entends tout simplement la politique.

          On pense directement à l’éducation et aux premiers enseignements que vous transmettez aux enfants avant même qu’ils n’entrent dans le système scolaire. Au même titre on peut évoquer la santé ou encore la gestion  au quotidien de la cellule familiale, aussi large et diverse soit elle. Et c’est vous qui assurer le bon départ dans la vie et vous vous en donnez les moyens.

De nombreux exemples nous prouvent que cette maîtrise du quotidien, dont vous faites preuve,  est transposable aussi bien à des niveaux individuels, ou locaux qu’à des sphères plus importantes, voire internationales, comme c’est le cas aujourd’hui.

 

           

Dans un autre domaine qu’est celui des conflits et surtout de la résolution de ceux-ci. L’histoire en général et l’histoire sociale en particulier sont remplies d’anecdotes saluant l’intervention déterminante de femmes et leur rôle joué pour stopper ou amener un peu de « raison », de pragmatisme,  de bon sens, là où les hommes ont préféré la passion.  Je n’ai pas dit que les femmes ne pouvaient pas elles aussi être passionnées, mais j’ai pu constater un plus grand sens du concret tout au long de ma carrière.

 

 

Malgré tout cela, il est regrettable de constater qu’il a fallu un temps si long pour faire justice aux femmes. De faire en sorte que les femmes soient perçues comme des citoyennes à part entières.

 Je pense évidemment au droit de vote pour les femmes qui a fait une entrée plus que tardive dans notre société, prenons comme exemple la Suisse, qui a attendu le 7 février 1971.  Mais aussi aux autres actes qui assurent une égalité de traitement. Il a fallut batailler ferme pour par exemple obtenir aux femmes le droit d’ouvrir un compte à la banque ou pour obtenir l’application du principe d’égalité dans les allocations de chômage.

Mais il est ahurissant/surprenant de constater qu’aujourd’hui encore certaines entreprises de location réservent la conduite de leurs véhicules qu’aux  hommes.

 

Ailleurs  dans le monde, les différences et les inégalités se font parfois plus criantes encore. Même si je suis persuadé, et mon sentiment s’est vu confirmé après ma rencontre avec le Président de l’Assemblée tunisienne, que  l’exemple peut parfois venir d’ailleurs.

Ainsi, dans leur nouvelle Constitution, les tunisiens défendent l’idée d’un traitement toujours plus juste. Pour preuve, c’est la première fois dans le monde arabe qu’est introduit un objectif de parité hommes-femmes dans les assemblées élues. L'article 46, me parait important à mettre en lumière. Il est consacré plus particulièrement aux droits des femmes. Il inscrit dans la Constitution la protection des acquis de la femme, le principe de parité et la lutte contre les violences faites aux femmes.

 

A ce titre, nos dispositions nationales sont parfois qualifiées de « mal nécessaire ». Le principe de quota dans les conseils d’administrations, dans les services publics ou dans la sphère politique peut être décrié il n’empêche que faute de volontarisme spontané, ce mécanisme a permis d’amener plus de femmes et de femmes compétentes partout et c’est bien ainsi.

Il est vrai que l’on peut citer les cas de Dominique Leroy ou de Catherine De Bolle  Mais il est essentiel de trouver une solution pour percer ce plafond de verre encore trop solide pour la majorité des femmes.

Sur un plan plus local, je défends depuis des années l’utilité de la prévention et de la sensibilisation au sein des familles des violences conjugales. Que se soit via la police, pour preuve mes interventions auprès du comité P. Ou que ce soit via d’autres plate-forme et organismes tel que vous, le Collectif des Femmes.

 

Je défends aussi depuis des années l’instauration d’un cours de citoyenneté dès le plus jeune âge et tout au long de l’enseignement. Cette éducation citoyenne partage les objectifs de la convention des droits de l’enfant,  tels qu’intégrer l’égalité homme-femme chez les enfants. Dès le plus jeune âge, les enfants doivent se découvrir eux-mêmes et apprendre à découvrir l’autre. Cela peut notamment passer par des activités ludiques, tels que les jeux.     

 

J’ai parlé plus tôt des situations parfois inspirantes qu’on retrouve au-delà de nos frontières, mais il est essentiel de ne pas oublier certains faits graves qui ont lieux partout dans le monde telle la torture par exemple. La Présidente socialiste du Chili, Michelle Bachelet, a elle-même été victime de ces violences à l’époque de la dictature de Pinochet. Elle est devenue maintenant, un exemple de réussite. On peut, en effet, l’inscrire sur la liste des femmes les plus influentes de la planète. Et je suis heureux de constater que cette liste s’allonge de jour en jour.

Mais que cela n’efface pas une chose certaine, il est urgent de sanctionner sévèrement et sans perte de temps, ceux qui exploitent les faiblesses qu’ils perçoivent chez les femmes.  Il est courant que le viol devienne une arme de guerre et que même les enfants soldats soient utilisés comme instruments de ces actes.

 

          Il y a donc encore beaucoup de travail et encore plus d’actions urgentes, nécessaires et permanentes à mettre en place,  d’où l’importance de ce colloque.

Je ne pense pas me tromper en disant que je suis le dernier homme à s’exprimer devant vous aujourd’hui, car d’après le programme toutes les autres interventions de la journée seront assurées par des oratrices.

Je suis toutefois partisan de l’idée que les problèmes qui concernent, par exemple, les femmes ne doivent pas uniquement être traités, discutés, envisagés entre femmes. Nous, les hommes, avons encore beaucoup à apprendre à vos côtés. Et vice versa. 

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