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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Mon discours lors de la venue d'Elio Di Rupo à Jodoigne

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 27 Mars 2014, 09:10am

Catégories : #Discours

Madame, Monsieur,

 

Le Comité des Femmes prévoyantes socialistes m’a demandé de présenter Elio Di Rupo.

 

De prime abord, cette requête ne m’a guère semblé sérieuse car n’était-ce pas aussi incongru que de demander aux Jodoignois s’ils savent qui est Louis Michel ?

 

Je suis un homme prudent qui dans le doute préfère s’abstenir. Je ne dirai donc

d’Elio Di Rupo,  que mes certitudes, certaines étant connues et largement partagées.  

 

Ce qu’il témoigne au travers de  son parcours politique  n’est sans doute qu’une part de son projet de vie, et j’ose dire que ce projet n’était pas une succession de titres, non plus qu’une vaniteuse et insatiable ambition  que d’aucuns se sont  plu à lui confectionner.

Quant à l’autre part, elle lui est réservée.

 

Elio Di Rupo est un homme distingué et même grandement distingué … par une licence en chimie à l’Université de Mons-Hainaut et par une égale agrégation de l’Enseignement secondaire supérieur. Ce sera avec la plus grande distinction qu’il recevra son titre de Docteur en Sciences de la même université. Quant au sujet de son doctorat, je laisse à ceux que cela intéresse, l’opportunité de lui poser la question tout à l’heure !

 

Il se dirige donc assez naturellement vers la recherche scientifique et l’enseignement. Et ce jusqu’en 1990.

 

Parallèlement à ces fonctions, dès 1980, il  commence à s’investir dans les affaires publiques et fait le choix du Parti Socialiste. Il affutera ses premières armes en politique comme attaché de cabinet auprès du président de l’exécutif wallon Jean-Maurice Dehousse, puis chef de cabinet adjoint du ministre de la région wallonne pour le Budget et l’Energie, Philippe Busquin.

 

A 21 ans, il est conseiller communal de la Ville de Mons, quatre ans plus tard, il sera échevin puis député de l’Arrondissement de Mons-Borinage.

En 1989, il quitte ce poste de député pour rejoindre le Parlement européen.

En 1991, il accède à un siège de sénateur.

 

La suite est une longue succession de postes ministériels au niveau régional et fédéral dont l’énumération serait particulièrement fastidieuse.

 

Je préfère souligner ici quelques exemples concrets, moins connus peut-être, parmi  ses nombreuses réalisations  politiques.

 

A la Communauté française : son combat victorieux pour « l’exception culturelle » lorsqu’il était ministre de l’Audiovisuel, en 94. Il avait réuni à Mons tous ses collègues européens (dans le cadre de la présidence belge) pour définir une position commune contre les « accords du GATT », ce traité de libre-échange qui voulait libéraliser totalement le secteur de la culture et considérait les œuvres comme des marchandises ordinaires.

 

Au fédéral, en 1998, - j’étais alors ministre de la Fonction publique -  il était vice-premier mais aussi  ministre de l’Economie : on retiendra, notamment la loi  dite « Di Rupo » qui permet depuis, aux personnes surendettées, de bénéficier d’une médiation de dettes devant un Juge.

 

A la RégionWallonne : le Plan Marshall, bien sûr, dont il est l’initiateur. C’est lors de son premier passage en 99 comme Ministre-Président qu’il a, en quelques mois, conçu ce plan, intitulé dans sa 1re mouture « Contrat d’Avenir pour la Wallonie ».

 

Il quitte la présidence de la Région wallonne pour celle du Parti socialiste et se consacre à la réforme du parti.

Deux ans plus tard il sera conjointement Vice-Président de l’Internationale

socialiste.

 

Aux élections communales de l’an 2.000, Elio Di Rupo est élu Bourgmestre de Mons, qui peut encore l’ignorer ? Sa ville !

 

Aux législatives de 2003, élu député, il est nommé informateur par le Roi.

Son travail servira de base à la « coalition violette ».

Il est réélu à la présidence du Ps, retourne à la région wallonne et initie le Plan Marshall.

 

En 2007, l’orange bleue remplace la violette …. et se crashe lamentablement

En 2008, c’est le double séisme de la crise financière, la déroute bancaire à laquelle il faudra bien faire face.   

 

En 2010  la crise institutionnelle s’invite durablement.

Cinq lettres : BHV – NVA pourriront le climat politique, fragiliseront le pays et chaque citoyen. Eussions-nous utilisé les alphabets cyrillique, arabe, indien ou les caractères chinois qui peuvent se compter par centaines, les conséquences en auraient été plus légères  … mais là … que de risques, que de ridicules exigences, que de pertes de temps, que d’illusions perdues sur la sagesse, que d’égotismes à gérer, que de pauvreté en matière de solidarité et de tolérance, que de violences, que d’ennui, que de mépris pour la démocratie….

 

La Belgique épuisera tous les titres en « eur » pour en sortir.

Il y eut des démineurs, des informateurs, des clarificateurs, des médiateurs, des co-médiateurs …et surtout, le risque, trop peu perçu mais bien réel,  de l’éclatement du pays.

 

 

En octobre 2011, Elio Di Rupo obtient l’accord constitutionnel. Le budget sera ensuite réalisé, de très hautes luttes, notamment à cause des libéraux.

Le 6 décembre 2011, il prête serment par devant le Roi. Il est Premier Ministre.

A l’instar de la présidence de la Chambre, il y avait près de 40 années qu’un socialiste francophone n’avait occupé ce poste. Dans un cas comme dans l’autre, ce fut Edmond Leburton.

 

De ces nombreuses années de travail, de combats, d’engagements, il m’était difficile d’en dire plus. Certes, je le pouvais mais je me suis rappelé ce conseil voltairien : « Le secret d’ennuyer, c’est de tout dire ».

 

Madame, Monsieur, un tel parcours n’est pas le fruit du hasard, ni celui de la chance, ni celui de la naissance  ou de petits arrangements entre amis. C’est le résultat conjoint du travail, des valeurs qui le motivent, de la volonté qui les sous-tendent.

 

En aurais-je le talent, je ne serai ni l’hagiographe ni le courtisan mais s’il me faut parler d’Elio Di Rupo, ce sera sans trahir nul secret, je ne pourrai  que confirmer la constance de son sentiment de la solidarité humaine, sa remarquable patience pour ciseler les outils qui la généreront et  la maintiendront, sa sincérité et la générosité de ses idéaux.

 

Je sais ses indignations et sa fatigue de la médiocrité.

 

Je ne sais s’il pardonne ou s’il préfère perdre quelques illusions mais je ne peux l’imaginer résigné.

 

Je le sais serein pourtant capable de rares mais puissantes irritations.

 

Je le sais inébranlable sur tout ce qui a trait à l’éthique de son métier et de son engagement citoyen.

 

Cet homme, me direz-vous, aurait-il ici ou là  quelques faiblesses ?

 

Madame, Monsieur, ses détracteurs lui en trouvent à foison et pour ma part, je ne les connais pas car en fin tacticien qu’il est aussi, il s’est bien gardé de les dévoiler …

 

Ce que je sais également, c’est que sa pugnacité n’interdit pas l’élégance, que sa vision de la démocratie ne consiste pas à tout promettre mais à considérer le citoyen en tant qu’homme libre, adulte et lucide quant à la faisabilité d’un projet.

 

Ce que je sais d’Elio Di Rupo, c’est sa grande humanité, discrète et intelligente, l’humanité d’un homme qui fait honneur aux autres hommes

 

Il se dit qu’autrefois, les responsables politiques proposaient des rêves qu’ils promettaient de réaliser.

Il se dit qu’aujourd’hui, ils  parlent des cataclysmes qu’ils nous permettront d’éviter.

Ce que je crois, c’est qu’Elio Di Rupo a été capable des deux !

 

Un homme qui, voici trente ans, créa le « Festival du film d’amour », un festival qui est aujourd’hui le plus ancien festival francophone, en longévité ininterrompue, l’un des premiers en terme d’innovation et de renommée internationale, un homme qui a compris qu’en politique, comme en amour, il faut parfois faire des concessions, au risque parfois d’en souffrir mais sans y perdre son âme, cet homme Madame, Monsieur, ne peut pas être aussi nuisible que certains l’affirment !

 

Nombreux êtes-vous sans doute dans cette salle, et ailleurs, à penser qu’il y a pléthore d’hommes politiques dans ce pays. Ce n’est pas faux.

Mais il manque, terriblement, cruellement,  d’hommes d’Etat.

Madame, Monsieur, vous me permettrez de penser qu’Elio Di Rupo est un de nos si rares hommes d’Etat.

 

André Flahaut

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