Mon grand-père était cheminot. C’est lui, notamment, qui m’a ouvert les yeux sur les questions sociales et qui a été à la base de mon engagement politique. Sa vie durant – et il vécu jusqu’à 95 ans – il a gardé la fierté du travail bien fait, du service au public, il s’est battu pour la sécurité tant celle du personnel que celle des voyageurs. Il mettait, comme nombre de ses collègues, un vrai point d’honneur à ce que le travail soit bien fait, à ce qu’il y ait une vraie prise en considération de tous les éléments de sa profession, des personnes comme des machines, dans la « société nationale » comme il disait.
Quoi qu’on en dise et bien au-delà des caricatures habituelles, je suis convaincu que nombre de fonctionnaires, de cheminots, de postiers, d’autres travailleurs d’autres secteurs (télécommunications et énergie notamment), aiment leur boulot, s’y investissent avec conviction, ont le sens du devoir, de la conscience professionnelle et connaissent la fierté du devoir bien accompli.
Mais il y a les nationalisations, la mondialisation, les privatisations, les délocalisations, les libéralisations, les exigences du grand marché, l’insatiable soif des actionnaires, les dérives du « toujours plus » au détriment de bien des choses, au détriment des hommes.
Au gré des va et vient de l’Histoire sociale, sans doute devrons-nous attendre encore quelques années avant que ne tourne le vent et que les grands gestionnaires de l’économie ne se souviennent que l’Homme est plus qu’un outil de production.
A chaque catastrophe, les décideurs nous jouent bien sûr le grand jeu de la compassion de bon aloi, le temps d’une interview, et s’en retournent pressés de poursuivre leurs grandes affaires libérales
Les grands capitaines d’industrie avaient intégré les notions d’action sociale, ils ont construit des cités sociales, d’autres ont été de grands mécènes, ne restent aujourd’hui que des financiers et l’honneur méprisé des travailleurs.
Ce serait pourtant l’honneur – et même le bénéfice, c’est dire ! - du grand capital de reconsidérer enfin la dignité des hommes.
Les gens : OUI ! L’argent ? NON
André Flahaut
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