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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Les élections en Italie, séisme ou comédie ?

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 1 Mars 2013, 14:27pm

Catégories : #Billets d'humeur

Beaucoup d’entre vous, devant les commentaires souvent contradictoires de la presse et des responsables politiques, peuvent se demander si les résultats des élections législatives italiennes représentent une scène de la « Commedia dell Arte » ou un véritable séisme politique ?

Il est vrai que des réactions, trop souvent abruptes et parfois sans respect pour le processus démocratique qui vient d’avoir lieu, peuvent donner cette impression.

Ma conviction de politique et de citoyen est cependant toute autre. Refuser, sous prétexte de personnages haut en couleur et dont le comportement est d’ailleurs lourdement critiquable, de voir dans cette vague de votes anti-establishment et anti austérité un signal d’alarme serait une erreur tragique. Car, c’est bien de cela qu’il s’agit :

·         10% du corps électoral a donné sa confiance à Mario Monti… Triste résultat pour le ténor de l’Europe des droites, pour le héraut des marchés boursiers, pour le défenseur de l’austérité et de la vertu ! Il faut croire que les effets de ses politiques n’ont guère convaincu ses concitoyens, eux qui en subissent journellement les conséquences

·         25% des Italiens ont voté le mouvement des 5 étoiles, dont le programme est mal défini et inquiétant parce que d’un antipolitique facile et d’un anti-européisme élémentaire , mais ce mouvement est aussi et avant tout un rejet de l’austérité, austérité injuste et mal appliquée par le gouvernement technocratique de M. Monti, ce gouvernement d’experts qui s’en est surtout pris aux petits et moyens revenus, sans aucune mesure de relance industrielle ou économique, un Gouvernement qui, contrairement à ses promesses, n’a pas voulu saisir la chance d’un soutien initialement très large pour introduire un peu de discipline dans le monde financier transalpin, ce monde dont les scandales à répétition, notamment celui de la banque Monte dei Pascii de Siennes, ont lourdement pesé dans ces élections…

·         29% des Italiens se sont malheureusement laissé séduire une fois de plus par Silvio Berlusconi,  le grand prestidigitateur de la politique transalpine,  qui a pourtant fait durant ses longues années au pouvoir la démonstration de son libéralisme et des effets réels de la « main invisible » du marché…
Mais si tant de gens ont voté pour ce mirage, c’est que la politique d’austérité aveugle menée depuis 2009 a d’abord frappé les pensionnés, les petits revenus, les jeunes et que le désert ainsi provoqué amène parfois à préférer l’illusion de promesses dorées aux vrais choix porteurs d’avenir!

·         Enfin, 30% des électeurs ont fait le choix de la responsabilité et donné leur confiance à la coalition de gauche dirigée par le parti démocratique. Sous la direction de M. Bersani. Celui-ci  accepte, car il le faut pour l’Avenir, les impératifs de l’assainissement, rendu nécessaire par la mal gestion berlusconienne.
Mais, contrairement à Mario Monti, l’ancien Commissaire européen,  le professeur d’économie qui n’a jamais dirigé d’entreprise, l’homme lige de M. Barroso et de la banque Goldman Sachs, il se veut attentif aux conséquences sociales, aux ravages de la crise contre le modèle de concertation et de sécurité sociale, ce modèle auquel nous tenons et sans lequel le projet européen n’a plus de légitimité ! Et il est prêt à assumer des responsabilités difficiles, sans le soutien corrompant de Berlusconi et sans accepter les visions capricieuses de M. Grillo, mais en tenant compte du désaveu massif infligé par la population à la néo-orthodoxie financière de Mario Monti !

Bref, si l’on additionne ces chiffres, 90% du corps électoral italien, d’un pays fondateur dont l’idéal européen n’a jamais été mis en question, 90 % de concitoyens européens ont repoussé les politiques prônées par la Commission actuelle et imposée par le Conseil européen aux Etats membres, malgré les ravages que ces politiques provoquent en termes de décroissance, de perte de pouvoir d’achat et donc de revenus des Etats…

Ces politiques, Monsieur Rehn, Madame Merkel,  loin de rétablir les équilibres budgétaires, renforcent en fait le cercle vicieux de la baisse des recettes nationales au moment même où les Etats et l’Union doivent faire face aux besoins sociaux immenses qu’une dépression économique et sociale d’une ampleur équivalente à celle des années trente leur impose !

Il serait donc temps, il est grand temps de réexaminer ces politiques avant que leur application aveugle ne pousse les électeurs dans des bras beaucoup plus nauséabonds que ceux des partis représentés à  la Chambre et au Sénat italiens. Si une réponse et satisfaisante à cette demande sociale et démocratique n’était pas donnée rapidement, quels seraient en effet les successeurs de MM. Berlusconi ou Grillo ?

Préfère-t’on au Berlaymont ou au Charlemagne voir bientôt émerger de nouvelles « Aubes dorées » dans toute l’Europe… C’est alors que le projet démocratique d’économie sociale de marché dont l’Union a oublié qu’elle est la responsable pourrait bien disparaître et avec quelles conséquences !

Non, à travers leurs votes, les Italiens ont adressé un avertissement sérieux qu’il serait irresponsable de ne pas prendre en compte et ce ne sont pas les leçons mal assénées de Berlin ou d’ailleurs qui y changeront quoi que ce soit. Quand une politique a échoué et donne des résultats désastreux, il est temps d’en changer !

A cet égard, je me réjouis que mon parti, le PS, et sous son influence, le Gouvernement fédéral aient depuis longtemps prévenu et la Commission et le Conseil Européen des risques majeurs que leur politique entraîne. Mais nous étions quasiment seuls à le faire, mais la Belgique ne peut à elle seule renverser des décisions prises à 27. 

Nous avons donc pris nos responsabilités en interne et nous avons assurer une forme de mise en ordre budgétaire plus respectueuse des droits sociaux que dans de nombreux pays. Il est temps, maintenant qu’un grand pays comme l’Italie a donné ce signal, que l’Europe écoute la Gauche, qu’elle écoute la voix des citoyens et des peuples et sorte de son autisme économique !

Ps. Pour ceux qui doutent des résultats de la politique de Mario Monti, quelques chiffres :

Les revenus des personnes ont diminué de 4% en 2012 ; la production a baissé de 2,1% et la contraction industrielle se poursuivra  à hauteur de - 1,4% en 2013 ; le Produit Intérieur Brut s’est réduit de 2,2% en 2012 et les prévisions de 2013 sont de – 1% … le chômage frappe déjà 11% mais 37%de la population jeune !

André Flahaut.

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