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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Le doux et l’amer

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 23 Juin 2011, 08:21am

Catégories : #Billets d'humeur

Il y a quelques jours, nous apprenions  que la fabrication d’un certain caramel chocolaté,  petit patrimoine gustatif consommé par millions depuis des générations et fleuron d’une entreprise autrefois belge se fera dorénavant plus à l’est.
Au passage, une centaine d’emplois  se perdent, le drame des travailleurs et de leurs familles et une petite racine qui se meurt.

Par ailleurs, on m’a  parlé cette semaine d’une « nouvelle » méthode de rationalisation des bureaux. Les Scandinaves l’ont étudiée il y une dizaine d’années. Elle s’installe semble-t-il dans certaines administrations. Cela consiste à ne plus attribuer un bureau à chaque membre du personnel mais sur le modèle de la « voiture partagée » sans doute, il y a aujourd’hui, des « bureaux partagés », « désindividualisés » en quelque sorte. Le gaucher retrouve à droite sa perforatrice, la photo des enfants a disparu, les tiroirs n’ont plus de clé, la hauteur de la chaise réadaptée au gré des utilisateurs.
Certes, ce n’est peut-être pas grave et il faut bien, en ces temps de crise, rationaliser.

Quel rapport me direz-vous entre ces deux histoires ? Je laisserai l’analyse aux sociologues, aux psychologues et à tous les « …. logues » compétents, moi j’y vois deux exemples de fêlures, de dépossession des individus et des sociétés.
Et leur multiplication me semble inquiétante …
Je peux comprendre les besoins de rationalisation, d’économie, les nécessités de normalisation, l’utilité des standards mais je ne comprends pas pourquoi il n’est pas d’autre voie que la négation de l’individu et la suppression de ses repères.

On s’accorde pourtant sur la nécessité des références dans le cadre d’une bonne pédagogie infantile alors pourquoi les supprimer sur l’ensemble de la société ? Cela me semble tout autant déstabilisateur.

Nos démocraties sont pleines de contradictions, elles s’avèrent ambitieuses et fatiguées, tolérantes et réactionnaires, idéalistes et découragées, ouvertes et corporatistes mais elles ont (avaient) en commun une qualité de vie, faite de détails impalpables, de petits conforts, d’une sorte de patrimoine qui, à force d’évidence, nous semblait immuable et à jamais acquis.
Nous naviguons aujourd’hui entre un sentiment de dépouillement  de ce qui nous est cher et l’étouffoir des diktats du profit.

Au fonds des tiroirs des bureaux dépersonnalisés, traineront sans doute encore quelques gros caramels chocolatés, inutile nostalgie d’une saveur qui nous semblera dorénavant, forcément, moins exubérante, moins douce, moins nôtre, plus amère…

André Flahaut

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