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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Kigali, l’irréparable désastre

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 17 Mars 2011, 13:39pm

Ainsi que vous avez déjà pu le lire sur ce blog, je me suis rendu à Kigali, la semaine dernière, en mission officielle, pour une rencontre avec quelques uns de mes homologues, présidents d’assemblée. Je suis, notamment, retourné à Kigali et y ai été reçu par le Président rwandais, Paul Kagame.

 

Certaines personnes se sont émues de ce voyage. Parmi elles, le Colonel Luc Marchal, ancien commandant du secteur Kigali/MINUAR, en 1994, au moment du génocide et de l’assassinat de dix paras belges, qui a réagi par une lettre ouverte à mon attention et à celle du vice-président du Sénat, Willy Demeyer qui m’accompagnait.

 

Voici ma réponse à son interpellation :

 

« Le génocide du Rwanda, à l’instar de toutes les tragédies de l’Histoire, fera parler de lui longtemps encore, de par le monde. On continuera de l’analyser, de le juger, de saluer la mémoire des victimes, on ajoutera des livres aux témoignages, les historiens et les politologues décortiqueront les faits, ils chercheront des preuves, les témoins et les peuples devront continuer de vivre.

En Belgique, sur cette page d’histoire, resteront les ombres de nos dix paras assassinés au Camp Kigali.

 

Je sais combien le Colonel Marchal qui était en première ligne en 1994,  reste affecté – il me semble difficile qu’il en soit autrement -  et c’est tout à son honneur de poursuivre son attention et son questionnement envers la tragédie rwandaise.

Il y a cependant lieu de considérer ce qui s’est fait depuis 1994 et d’accepter qu’un désastre tel que celui-là restera à jamais irréparable.

 

Par ailleurs, il est indéniable qu’à titre personnel, je me suis particulièrement investi dans ce dossier. J’ai entamé et réussi, je crois, un long travail de restauration de la confiance avec les familles des paras. Je les ai rencontrées et écoutées à de nombreuses reprises. J’ai créé le Mémorial de Kigali et me suis rendu sur place avec elles. J’ai accompagné le Premier Ministre G. Verhofstadt lors des commémorations du dixième anniversaire du génocide et l’on se souvient de la force de son discours et des excuses présentées au peuple rwandais.

 

La Belgique a organisé la Commission Rwanda, il y a eu des condamnations, il y a le Tribunal Pénal International qui s’est également interrogé sur les évènements.

 

Je ne dis pas que ces différentes actions ont permis de laver définitivement toutes les consciences et qu’elles nous autorisent à jouer les Ponce-Pilate. Je dis qu’en toute lucidité, il est aussi de notre devoir de tenter d’infléchir les tendances, de tenter de convertir à plus de démocratie, dans le respect des droits de chacun et de la souveraineté

des états, les responsables politiques que nos fonctions nous amènent à rencontrer. Il ne s’agit pas non plus d’un nouveau paternalisme mais d’une volonté de mettre en place des partenariats équilibrés.

 

La politique du mur et du silence n’a jamais, à ma connaissance, porté de fruits.

La politique que j’ai menée au Rwanda, au Burundi et en République Démocratique du Congo  ne tempère ni l’effroi de ce massacre, ni le chagrin de tant de vies anéanties, ni le respect du sacrifice de nos paras, mais après l’écoute, la compassion et la Justice,  la politique se doit d’essayer l’espoir.

La seule vraie réconciliation sera celle que le Rwanda fera avec lui-même.

 

Sans objectif, sans valeur, sans conviction, sans espérance, sans prise de risque, on ne peut faire de la politique. L’équilibre entre la théorie philosophique et morale des « Mains sales » et le pragmatisme restera l’infini questionnement.

Je vous remercie de croire qu’il m’interpelle et que c’est avec rigueur et conscience qu’au quotidien, je détermine le choix de mes actions avec le même droit à l’erreur que celui de tout homme de bonne volonté.

 

Vous me permettrez d’ajouter que je regrette le dénigrement systématique du monde politique : quoique l’on fasse ou ne fasse pas, on cherche à détruire, bien souvent sans réflexion ni discernement. Je ne crois pas que cette attitude soit la plus utile à la qualité de nos démocraties. »

 

André Flahaut

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