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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Hommage rendu à Patrick Moriau lors de la rentrée parlementaire

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 8 Octobre 2013, 14:26pm

Catégories : #Discours

 

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Mesdames, Messieurs,

Chers collègues,

 

Le 20 juillet dernier, la majorité d’entre nous avaient la tête ailleurs.

Ailleurs, au sens propre car à l’horizon proche, s’annonçait le temps des vacances. On parlait découvertes, sport, nature, famille, on pensait « enfin » !

Nous avions travaillé plus et mieux que les autres années, la situation politique l’avait exigé. En point d’orgue de cette session parlementaire, la prestation de serment du Roi Philippe et les fêtes populaires. Il faisait beau. Nous avions l’esprit libre et le cœur léger.

 

Et puis, vint la terrible nouvelle du décès de notre collègue, Patrick Moriau.

Certes, nous savions sa santé fragilisée mais l’on se veut pragmatique, on continue de croire en la volonté, en la force de caractère, en la science. Il est des lucidités sur lesquelles il est plus confortable de faire l’impasse …

 

Patrick a, jusqu’au bout, essayé d’y croire, ainsi qu’il l’avait fait sa vie entière envers tous ses autres combats.

 

Le monde a besoin d’idéalistes. Sans eux, point de révolutions, point de découvertes, point d’avancement, point de rêves, point de combats.

Ceux de Patrick Moriau furent ceux de la générosité.

Cette générosité, il l’a exprimée, sans réserve, sur « ses terres », à Chapelle-lez-Herlaimont. Son ancrage local, c’était sa source, sa fierté, son refuge, son mirador pour mieux analyser le monde qu’il vivait sans frontières.

 

Patrick était évidemment hennuyer, wallon certainement mais aussi l’un des promoteurs parmi les plus convaincants d’une autre mondialisation. A chaque niveau de son action, il a tenté de concrétiser un plan plus juste pour la solidarité et son attention, notamment envers les personnes esseulées, n’a eu de cesse de le préoccuper.

 

Inquiet pour les autres mais toujours jovial, Patrick, c’était un personnage, une voix rocailleuse dans la bonhommie comme dans l’impertinence.

 

Un peu pirate comme Barbe noire, toujours en croisade comme Barberousse, parfois sage à la barbe blanche, Patrick a aimé être un personnage un peu décalé mais toujours sincère, engagé, infatigable défenseur des libertés et de sa liberté de parole.

La Commission Dutroux avait médiatisé plus largement Patrick Moriau et l’on se souvient de ses « Cahiers d’un Commissaire » chargé par ses pairs d’établir la clarté sur l’enquête et de rendre confiance dans les institutions.

Entre interrogations et constatations, révélations et émotions, mensonges et vérités, c’est le parcours d’une enquête policière qui nous était conté avec ses contradictions, ses lacunes, ses évidences, ses rumeurs.

Patrick Moriau a tenté avec obstination de reconstituer le puzzle avec autant de rationalité que de cœur, sans ignorer que des pièces resteront à jamais manquantes.

Dans ce dossier parmi les plus douloureux, il a essayé – une fois encore – de répondre aux attentes de ses concitoyens.

 

Patrick Moriau avait conclu sa licence en journalisme par un mémoire sur l’histoire de la musique rock.

Il a toujours aimé pousser la chansonnette, s’est passionné pour la moto, la lecture, il a été gourmand de la vie et joyeux.

Plus prosaïquement, il a été enseignant, conseiller en communication et chef de cabinet adjoint dans les divers cabinets de Philippe Busquin.

Il s’est bien sûr largement investi comme député fédéral, notamment en tant que vice-président de la commission parlementaire sur les achats d’armes mais aussi dans les commissions Relations extérieures et Affaires européennes.

Militant socialiste de la première heure, il devient, en 1994, président de la fédération de Charleroi et gère plusieurs autres mandats publics mais l’histoire d’un homme peut-elle se résumer à une somme de titres et de fonctions ? Avec vous, j’espère répondre que non.

 

Patrick, c’était un impatient généreux, un humaniste authentique, un look révélateur sans doute de ses indignations, une verve roborative, une approche un peu rock’n roll de la vie, de la politique et du monde, un regard de colère, de malice, de douceur ou de jubilation.

 

« Je suis un peau rouge qui ne marchera jamais en file indienne ». Ainsi se référant à Achille Chavée, poète du surréalisme révolutionnaire wallon, se définissait-il.

 

La page du rock’n roll se tourne. Nous reste le blues…

 

Madame, Mademoiselle, Monsieur, en votre nom, j’ai présenté à la famille de Patrick Moriau, les condoléances émues de notre assemblée.

 

André flahaut

 

Ministre d’Etat

Président de la Chambre des représentants

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