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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Discours prononcé lors de la cérémonie d'hommage au cimetière américain de Neuville en Condroz le 25 mai 2013

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 27 Mai 2013, 08:19am

Catégories : #Discours

Madame, Monsieur

En vos grades et qualités

 

Je remercie l’Ambassade Etats-Unis qui m’a fait l’honneur de m’inviter à la commémoration de ce jour.

 

A deux reprises, à moins de vingt-cinq années d’intervalle, de jeunes Américains ont traversé les océans pour aider les peuples d’Europe confrontés au plus barbare des maux : la guerre.

Aujourd’hui, nous voici  réunis dans le recueillement par la mémoire et la reconnaissance.

 

Lorsqu’on commémore les faits de guerre et que l’on y rencontre les Anciens, on nous parle de la stratégie militaire mise en place au moment des faits, on parle de « divisions blindées », de « chars » des « mouvements de l’infanterie », des « renforts de l’aviation », … et l’on salue le courage de messieurs que les actions et l’âge ont rendu infiniment respectables.

 

Invitant toujours des jeunes à ce type d’événement, je souhaite à chaque fois, insister sur  tout ce qu’ils ont en commun avec ces héros qui leur sont anonymes.

Certes, parfois, il y a un nom, au mieux une photographie mais au-delà ? Quelques-uns ont acquis une  renommée historique, exemplative mais les millions d‘autres ?

Ils sont sans visage, l’écho de leur voix a disparu. Quels étaient leurs projets de vie ? De quelle vie  rêvaient-ils ? Etaient-ils encore aux études ?  Avaient-ils une petite copine ?

Ce que l’on sait d’eux, c’est qu’ils avaient vingt ans, juste un peu moins parfois, juste un peu plus sans doute, mais ils avaient l’âge des possibles, des enthousiasmes, des révoltes, de l’insouciance, l’âge pour rire et pour danser.

 

Mais ils sont venus ici, courir à perdre haleine, pour échapper aux tirs, courir jusqu’à en perdre la vie.

Ils sont venus à la rencontre du fracas et de la fureur.

Ils sont venus aider et soutenir nos pays en très grave difficulté,  leur sacrifice fut total, notre dette incommensurable mais ce sacrifice n’a pas été vain car, non seulement, nous avons recouvré le plus précieux des bien : la liberté, mais il a rendu possibles, dans les années qui suivirent la deuxième guerre mondiale, d’autres réussites essentielles au bien-être et à la sécurité de l’ensemble des pays alliés. Je pense notamment au Plan Marshall ou à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, l’OTAN.

 

L’Histoire qui unit la Belgique et les Etats-Unis est une histoire de solidarité et de générosité, c’est une fraternité qui ennoblit notre Histoire commune et c’est notre dignité, à nous Belges, de ne jamais oublier.

 

Ce lieu, à l’instar de tous les cimetières militaires, est bouleversant.

Il est le point ultime de la bravoure, le temps suspendu entre deux extrêmes : le tumulte de la guerre, les cris, les rafales, les explosions et le bruit étrange, énorme,  du silence quand se taisent les armes pour un temps hélas et les hommes, pour toujours.

 

Face à nous, la trace forte et fragile de plus de 5.000 jeunes américains que nous ne connaissons pas mais dont les mères se souviennent à jamais, de jeunes gens que nous aimons,  qui nous manquent et dont nous ne souhaitons pas faire notre deuil car leur mémoire est devenue la nôtre. Elle est devenue notre devoir et notre honneur.

 

C’est bien peu, il est vrai.

Il n’est toutefois  pas impossible de faire mieux !

 

L’émotion ne doit pas occulter les réalités actuelles :

 le danger toujours prêt à grandir, la fragilité naturelle des démocraties, la force des ambitions néfastes, l’égoïsme et l’indifférence, tout cela n’a pas disparu et c’est de cela , aussi, que nous devons nous préoccuper, non pas en théorie, ni demain, mais concrètement et chaque jour afin de perpétuer valablement et au-delà du cérémonial et des discours, ce que ces hommes ont consenti !

 

Ici, à Neuville en Condroz, 5329 tombes sont alignées dans une perspective qui semble infinie, blanches et légères comme la pureté retrouvée.

 

Me revient cette formule du poète Charles Baudelaire : « le ciel est triste et beau comme un grand reposoir » (in « Les Fleurs du Mal » - Harmonie du Soir -  § « La Révolte et la Mort »).

 

Puissent à l’aune de notre reconnaissance, les âmes être apaisées.

 

André Flahaut

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