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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Discours prononcé à l'occasion de la remise du prix Michel Vanderborght à la Présidence de la Chambre

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 10 Juillet 2013, 13:19pm

Catégories : #Discours

juillet-2013-7755--4-.jpgjuillet-2013-7647.jpgMadame, Monsieur,

 

Monsieur le Secrétaire général de la FIR, vous avez sollicité l’honneur d’être reçu en ces lieux, cœur de notre démocratie, à l’occasion de la délivrance du premier prix Michel Vanderborght.

 

Je veux vous dire que l’honneur est de notre côté et je vous remercie d’avoir réuni ici tant d’hommes de qualité pour saluer la mémoire de l’un d’entre eux : Michel Vanderborght et pour mettre en lumière quelques uns de  celles et ceux qui, depuis de très nombreuses années ont décidé de partager et de poursuivre ses idéaux de paix et de tolérance.

 

Michel Vanderborght né en Belgique, en 1925, s’engage très rapidement dans la Résistance et combat dans l’Armée des Partisans. Ses choix politiques se porteront sur le parti communiste mais c’est une vie entière qu’il consacrera à la lutte contre le fascisme, le colonialisme ou les fusées atomiques. Ses mots clés ont été Paix, Démocratie et Mémoire.

 

Infatigable, innovant, créatif, engagé, solidaire, fougueux, généreux, solidaire, courageux, …

On ne prête qu’aux riches dit-on. Michel Vanderborght l’était assurément de toutes ces qualités.

 

Il nous a laissé l’exemple mais aussi le devoir et je félicite la Fédération Internationale des Résistants d’avoir décidé de lui rendre hommage par la création de ce prix et de perpétuer ainsi ses valeurs au travers des personnes et des institutions aujourd’hui mises à l’honneur.

 

Ne faisons pas l’impasse sur le passé mais regardons aussi avec lucidité, le présent.

 

Certes, l’Europe s’est relevée de ses cendres et n’a heureusement plus connu de guerres de grande ampleur. L’Union européenne n’a cessé de s’élargir, de très nombreuses initiatives ont été prises et continuent de l’être en faveur du travail de mémoire, la notion de responsabilité citoyenne fait son chemin, ici on s’indigne, là on revendique, on agit, on informe, on alerte, on met en garde mais vous et moi savons, hélas,  que cela ne sera jamais ni assez, ni terminé !

 

Certes, nous pouvons espérer qu’à force d’informations, d’émissions télévisées, de diffusion des témoignages, de travail avec les écoles, de visites sur les lieux de mémoire, les signaux d’alarme sont activés mais …

 

-          en Hongrie, la Justice a autorisé le parti Jobbik à afficher son antisémitisme dont le chef a notamment déclaré tout récemment : « Nous, les Hongrois, sommes spéciaux en Europe parce que nous sommes la nation la plus antisémite ». ce parti est la troisième force politique du pays !

-          en Autriche, il y eut Jorg Haider, le FPÖ a recueilli 18% des votes en 2008

-          en Grèce, l’Aube Dorée assume ouvertement son antisémitisme et son racisme, liés à des attaques violentes contre les immigrés, au point d’inquiéter le département d’Etat américain. Aube Dorée a créé une branche en Italie

-          en Hollande, on connait Geert Wilders et le Parti de la Liberté

-          en Norvège, le Parti du Progrès prône « une société sans mélange », il est la deuxième force politique du pays et fut fréquenté par un certain Anders Behring Breivig !

-          au Danemark, le Parti du Peuple a acquis une respectabilité sur des thèmes qui faisaient scandale, il y a dix ans (discours xénophobes et anti-immigrés)

-          en Italie, la Ligue du Nord prône un nationalisme de prospérité

-          en Allemagne, le Parti national d’Allemagne (NPD), pays pourtant longtemps vacciné contre l’extrême-Droite, sait exploiter les déçus de la réunification et rêve de la restitution des territoires perdus à la fin de la guerre

-          en France, Marine Le Pen. Souvenons-nous des élections de 1995, à Orange, à Toulon, à Marignane, de 1997 à Vitrolles, de leurs bibliothèques devenues lieux de propagande, censurant l’achat de certains ouvrages …  

-          en Belgique, le Vlaams Belang, ouvertement nationaliste …A son apogée, en 2005, il récoltait 33% dans la première ville de Flandre

-          mais  aussi en Slovaquie, au Royaume-Uni, au Portugal, en Espagne, en Roumanie, en Pologne …

 

Madame, Monsieur, je crains que la liste ne soit pas exhaustive ….

 

Ici ou là, on nuancera les propos, les programmes électoraux, on considérera que tout cela est marginal, on  se rassurera par facilité ou par indifférence mais force nous est de reconnaître que ces mouvements  pèsent de plus en plus lourd,  s’implantent dans le paysage politique de nos démocraties et qu’on en revient à une rhétorique populiste.

Et au-delà du politique, il y a toutes ces associations, ces mouvements, ces rassemblements que l’on autorise ou que l’on tente de dissoudre mais avec trop souvent plus de légèreté que de force et auxquels on oppose mollement la liberté d’expression ou la liberté de réunion.

 

Je reprendrai les propos  du Président du Parlement européen, Martin Schulz : « L’ultra-nationalisme dans les partis de gouvernements ou les partis soutenant les gouvernements est une vraie menace pour l’idée européenne ». La Commission européenne renchérit en appelant à « faire attention à la menace populiste, fondamentalement contraire aux idéaux portés par la construction européenne ».

 

Internet, réseaux sociaux, communication, satellites, portables, mails, I-Pad, I-Pod, journaux, initiatives citoyennes …

Personne ne pourra dire : nous ne savions pas car en l’occurrence il n’est plus question du passé, il n’est plus question de mémoire mais de haute vigilance, de résistance, d’information, de refus.

Il est question du présent !

Il est question d’indignation et d’action à chaque niveau de la société, aujourd’hui !

Cela va bien au-delà du devoir de la presse de nous informer, au-delà du travail des enseignants, au-delà des discours politiques et des lettres d’intention, au-delà des analyses d’experts, des considérations philosophiques et de nos volontés de résistance.

 

------

 

Avez-vous remarqué combien il a toujours été nécessaire aux dictateurs de crier ?

 

Je crois aux valeurs de la démocratie, aux relations policées et courtoises, j’aime la bonne éducation et je veux continuer d’espérer que l’intelligence, la solidarité et la générosité sont les vertus majeures de l’aventure humaine mais face  à toutes ces dérives d’intolérance, de xénophobie, de prétentions élitistes et de mises en danger de nos libertés, si chèrement acquises, voici 70 ans, je me dis que parfois, il serait temps de crier plus fort.

 

Oui, il est temps de dire haut et fort que la démocratie, elle aussi, a ses seuils de tolérance, qu’elle ne peut ni ne doit tout accepter ni tout tolérer.

 

Elle se doit de dénoncer résolument et de mettre en place des mécanismes d’opposition et d’éradication de toutes les dérives fascisantes, racistes, xénophobes ou issues de rêves de réhabilitations de systèmes dictatoriaux et ségrégationnistes.

 

Les démocraties n’ont pas à être  tolérantes à l’égard de ceux qui remettent en cause ses valeurs !

 

Nous n’avons pas à rendre respectable le fascisme en acceptant de lui accorder une légitimation au nom d’une esthétique de la violence, en mettant en avant un sentiment de déclin de la société, en acceptant d’infamantes collaborations et autres accommodements.

Madame, Monsieur, Vétérans de la  Fédération Internationale, récipiendaires du Prix Michel Vanderborgh, journalistes, responsables politiques ou simples citoyens, notre réunion de ce jour est l’occasion de le réaffirmer, mais ce n’est qu’une occasion, nécessaire certes mais ô combien insuffisante !

 

Les commémorations et l’investissement dans le travail de mémoire sont des occasions de rencontres, elles rassemblent celles et ceux qui partagent les valeurs de la démocratie – et quelques-uns d’entre vous sont venus de très loin - elles réconfortent et encouragent chacun d’entre nous à poursuivre la résistance.

 

Vous tous avez eu le courage car durant ces années de plomb, il était indispensable. Vous avez aussi fait preuve d’imagination.  Il fallait déjouer tous les pièges, diminuer les risques, inventer des systèmes, contrecarrer des plans.

 

Ce courage et cette imagination, nous en  avons  besoin, aujourd’hui comme hier pour vaincre les mêmes  idéologies.

     Puissent ce courage et cette imagination, à tout le moins, n’être cette fois que   préventifs et concrètement opposables à l’Hydre de Lerne qui n’a plus rien de mythologique !

 

      Madame, Monsieur, chers Amis de la Fédération internationale des Résistants, je   vous remercie pour l’exemplarité de vos actions passées, la continuation de votre investissement citoyen et votre capacité à maintenir toutes les pressions nécessaires à une véritable insurrection pacifique mais déterminée à l’encontre des nostalgiques de la barbarie.

 

    Je laisse à votre appréciation cette question : le temps de la patiente vigilance n’est-il pas passé ?

 

    Au-delà de cette grave réflexion, je vous souhaite un très bel après-midi et vous convie chaleureusement, dès après les  interventions des autres orateurs, à partager le verre de l’amitié.

   

 

André Flahaut

                                                       

 

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