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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Discours prononcé à l'occasion de la présentation du livre de Louis Tobback

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 1 Octobre 2013, 10:40am

Catégories : #Discours

 

octobre-2013-8257.jpgMesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

 

Il est aujourd’hui un homme parmi nous qui affirme « Ik ben God de vader niet ». Nous sommes prêts à le croire même si – soyons honnêtes – il nous est arrivé à tous, d’espérer l’être un moment, d’espérer pouvoir l’être un moment seulement, pour de mauvaises raisons parfois, mais pas toujours …

Cet homme, coutumier des formules lapidaires, vous n’en serez pas surpris, c’est Louis Tobback.

 

Sans céder à une quelconque prétention, je peux affirmer que nos carrières furent parallèles et qu’il reste un compagnon de route d’estime et d’amitié.  

Il est vrai qu’au-delà de nos convictions politiques,  nos chemins n’ont  cessé de se croiser.

 

In illo tempore, nous avons collaboré dans les commissions parlementaires, à l’époque des « pouvoirs spéciaux ». Je faisais mais premiers pas. Il était chef de groupe.

 

Ayant la tutelle sur la Régie des Bâtiments, je m’occupais des gendarmeries, Louis était ministre de l’Intérieur. Il était bourgmestre de Leuven quand nous nous entendîmes sur le regroupement des bâtiments administratifs du site Philips.

 

Je devins ministre de la Défense, Louis était toujours bourgmestre de Leuven, il accueillit les paras-commandos sur la Grand’Place et quelques années plus tard, la Musique des Guides, en mal de locaux adaptés, à Heverlee.

 

Nous avons tous des souvenirs liés à la personnalité de Louis Tobback. D’aucuns  se rappelleront sa poigne de fer en tant que chef de groupe, lorsque le SPA était dans l’opposition, d’autres de cette séance en nocturne, à l’initiative de Jean- Luc Dehaene que l’on soupçonnait de spéculer sur la fatigue des négociateurs, où l’on vit Louis et ses collègues socialistes, débarquer … en charentaises ! Il ne serait dupe d’aucune stratégie.

Ministre de l’Intérieur, président du SPA, sénateur, vice-premier ministre et sans doute avant tout bourgmestre, quels qu’aient été ses titres et ses fonctions, Louis Tobback a toujours eu le mérite d’être clair dans ses affirmations.

Pour notre plus grand plaisir, il en a réuni 1000 et une dans cet ouvrage, totalement à son image : fort, roboratif, généreux et impertinent, lucide et sagace, tranchant et passionné.

 

J’ai aimé la forme originale de ce livre.

Ici, point de long discours, point de nostalgie, point de théories alambiquées mais une succession de formules qui sont le style et la nature de l’auteur. Des « petites phrases » ainsi que les aiment les journalistes, un exercice de style qui confirme  sa capacité d’indignation, qui enchante ou fait grincer des dents mais qui, à chaque page, à chaque thème, nous dit l’acuité du regard d’un homme brillant, lucide, entier dans ses rejets comme dans ses passions.

 

Je ne vous dirai pas tout car il ne serait pas aimable  envers l’auteur de dévoiler l’ensemble de l’ouvrage ni sympathique envers vous de vous priver des plaisirs de la découverte. Grande est cependant l’envie de vous livrer quelques échantillons de la verve oratoire de cet intarissable passionné :

 

“De belgische besluitvorming is een soort van turkse bazaar “

 

“ Tout le monde doit s’intéresser à la politique, sans quoi, il n’est plus de démocratie”

 

« De Stadt geef veel meer voldoening dans de Staat »

 

“Ik ben het eens met de oppositie : mijn besturingstijl is een probleem”

 

Louis Tobback nous parle de sa ville, des étudiants et des touristes, de la présence d’Inbev et du départ de Philips, une ville faite pour vivre et dont il refuse qu’elle se transforme en podium permanent ainsi que la tendance actuelle le voudrait ou qu’elle se sacrifie au tout-touristique. Il regrette qu’elle soit sans fleuve et nous confie que son tout premier souvenir est celui du bombardement de Leuven. Il nous dit combien le bien-être des ses habitants lui tient à cœur et combien elle lui manque lorsqu’il s’en éloigne.

 

Je ne sais pas ce qui a décidé Louis à entreprendre la rédaction de ce livre. Les uns et les autres se perdront en conjectures, lui-même nous avouera quelques raisons.

Ce que je crois, c’est qu’il a décidé de s’amuser.

Ce dont je suis persuadé, c’est qu’il a réussi

A nos dépens parfois, pour notre plaisir aussi, certainement.

 

Que ce soit avec dieu ou avec ses contemporains, Louis Tobback a réglé ses comptes.

Il se rassure de pouvoir – à l’instar de Jane Fonda – porter ses vêtements d’il y a tente ans et reconnait avoir été impressionné par Jean-Paul II.

Il confesse que ses seuls excès sont politiques et qu’il n’aime pas les fictions.

Il choisit Camus plutôt que Sartre, passe de Pim Fortuin à Chavez, de Mitterand à Merkel, nous réitère ses convictions, son ouverture d’esprit, sa sensibilité sociétale, sa sincérité.

Caustique et ardent, incisif ou perspicace, il nous livre une galerie de portraits coruscants et parfois suffisamment féroces pour qu’il me soit soulagement de compter parmi les absents.

 

Il affirme, assène, brocarde, dédaigne, il s’amuse et nous divertit, il raisonne, semble sans illusions mais conclut que « morgen is naar mijn mening nog altijd interessanter dan gisteren ».

 

Madame, Monsieur, chers collègues, cet homme prétend ne pas être « dieu le père » mais un détail coupable de ce livre ne m’a pas échappé : cet homme est né le même jour que Machiavel !

 

Et l’on sait que dieu ne joue pas aux dés … (formule d’Einstein signifiant qu’en ce monde, il n’y a pas de place pour le hasard)

 

André Flahaut

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