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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Discours de la fête du Roi au Parlement fédéral 15/11

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 15 Novembre 2011, 16:05pm

Altesses royales,

Madame, Mademoiselle, Monsieur, en vos titres, grades et qualités

 

Je vous remercie pour votre présence nombreuse et chaleureuse, en ce lieu symbole de notre démocratie, en ce jour qui salue notre Roi. Il est essentiel, à mes yeux , de réaffirmer le rôle central que doivent jouer les Parlements dans nos démocraties à un moment où se constatent des dérives d’expertises et de technocraties très loin de l’humain.

 

Les institutions européennes ayant décrété 2011 « Année européenne du volontariat », il nous a semblé évident de participer à cette reconnaissance et à sa valorisation, le faire ici et un 15 novembre nous est apparu, en accord avec le Palais royal et la présidence du Sénat, être le bon choix.

 

Le volontariat c’est un large spectre d’implication : le sport, la culture, les loisirs, la santé, l’humanitaire, l’action sociale, la défense des droits, l’environnement et j’en oublie.

L’Année du Volontariat, c’est le temps de l’éloge et celui de la gratitude, c’est aussi le temps de l’analyse, de l’interrogation, des projets.

 

Des millions de personnes s’impliquent, se mobilisent, au gré de leurs expériences professionnelles ou personnelles, de leurs sensibilités, de leurs enthousiasmes, au gré des besoins – immenses – de nos sociétés.

 

Toutes leurs causes sont nobles, leurs raisons d’y adhérer le sont aussi même si elles nous interpellent parfois.

 

Quelles sont les motivations du volontaire ? Pour les uns, elles seront la recherche d’un épanouissement personnel, pour d’autres, le maintien du contact social, pour d’autres encore l’acquisition de nouvelles connaissances, l’envie de faire fructifier un acquis, de défendre une cause, de protéger un patrimoine.

 

Le profil du volontaire est difficile.

Il y a ceux qui sont intégrés dans de grandes structures officielles et qui bénéficient d’une reconnaissance sociale voire médiatique – je pense à ceux bien connus de la Croix rouge par exemple –.

 

Il y a celles et ceux que personne ne connait hormis celles et ceux qui bénéficient de leur attention. Ils sont les travailleurs de l’ombre et souhaitent bien souvent le rester. Ils œuvrent dans la discrétion et l’anonymat, avec douceur et efficacité, allant parfois jusqu’à la tendresse. Ils restent dans leur quartier ou derrière leur clavier d’ordinateur, ils aident à la prise en charge d’une personne handicapée, ils sont dans l’humilité et la débrouille, dans la disponibilité et la générosité. Il leur arrive de se perdre.

 

Il y a les volontaires qui préfèrent rejoindre des associations structurées et délivrer leur savoir faire et leur savoir être dans un environnement encadré tels les clubs de sports, les projets culturels, le bénévolat dans les hôpitaux.

 

Et là se posent d’autres questions : comment recruter de nouveaux bénévoles, comment motiver les anciens à poursuivre, comment valoriser leurs acquis, comment dynamiser les équipes ?

 

Soyons de bon compte, le découragement existe, le manque de reconnaissance démotive souvent, l’émergence de « petits chefs », ce n’est pas si rare, la fatigue non plus. Les « nouveaux » ne bénéficient pas toujours d’un bon accueil, la formation est parfois faible voire inexistante.

 

Il est vrai que souvent, les moyens manquent ou sont inadaptés aux ambitions. Les compétences des bénévoles ne correspondent pas nécessairement aux besoins, les frustrations existent, les incompréhensions, les déceptions aussi.

 

Le volontariat n’est pas qu’une histoire de bonne volonté et d’altruisme. A sa manière, il se professionnalise. Nous sommes loin des dames de charité, des bonnes sœurs dans les orphelinats d’antan, du paternalisme, de l’amateurisme auxquels il n’est pas question de jeter la pierre mais seulement de considérer l’évolution sociétale et les glissements qu’elle génère.

 

Certaines institutions structurantes de l’engagement collectif ont vu se diluer leurs soutiens historiques : les églises, les partis politiques ont perdu une bonne part de l’action militante. Mais est-il judicieux d’assimiler volontariat et militantisme ?

Où se situe la nuance entre l’adhérent à un projet et le bénévole ? Les deux donneront  une part de leur temps, mais au-delà ?

Qu’en est-il du sympathisant qui approuve l’action et y participe. Est-il bénévole ?

 

Les nuances entre les frontières qui définissent le statut sont grandes, les défis du monde associatif le sont tout autant.

 

Il faut fidéliser les volontaires, les former, ordonnancer les actions, structurer l’offre, consolider le cadre, sécuriser l’environnement juridique, gérer les conflits, élaborer des partenariats, pérenniser.

Je ne céderai pas aux envolées lyriques habituelles  sur les thèmes de l’abnégation, sur la richesse du cœur et la bonté des âmes. A contrario, j’ose dire qu’aujourd’hui, souvent, le monde associatif se doit d’appliquer les règles de l’entreprise.

 

La question du recrutement se pose également et s’avère un réel enjeu stratégique. Vers qui se tourner ? Les retraités, les demandeurs d’emplois, les jeunes ?

Se posent des questions d’assurance, de responsabilités en cas d’accident.

 

Le volontariat peut également s’avérer un facteur d’intégration, d’insertion des migrants et des minorités ethniques.

Les pistes de réflexion foisonnent.

 

Il y a ce que l’on souhaite donner, il y  a tout ce que le volontariat apporte à l’autre, il y a aussi – et vous êtes tous là pour en témoigner, j’en suis sûr - , toute la valeur ajoutée pour celui qui s’y consacre.

Pour paraphraser les économistes, je dirais qu’il y a un véritable retour sur investissement. On n’agit pas pour la reconnaissance ni pour susciter l’admiration mais on en hérite, à juste titre, de  cela et de bien autres choses.

 

Le volontaire c’est celui qui reçoit le regard, la gratitude, c’est celui qui continue d’apprendre et d’apprécier les différences, c’est celui qui interpelle nos frilosités, nos indifférences et nos égoïsmes, c’est celui qui a décidé de vivre pleinement l’aventure humaine, ce sont tous ceux que nous saluons aujourd’hui et auxquels nous disons : merci.

 

Altesses royales, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je vous souhaite un très bel après-midi.

 

André Flahaut

Ministre d’Etat

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