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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Discours de commémoration du 8 mai

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 8 Mai 2013, 13:04pm

Catégories : #Discours

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Madame, Mademoiselle, Messieurs,

 

Le 8 mai, c’est une date qui balance entre la symbolique, l’émotion, l’indifférence ou la simple interrogation : est-ce un jour férié ? – sous-entendu : sommes-nous en congé ?  - Si oui, on sait vaguement pourquoi, si non, on se demande pourquoi pas ?

Il l’est en France, sans l’avoir été en permanence mais pas chez nous ….

 

Je n’entrerai pas dans le débat.

 

L’histoire du 8 mai est plus sibylline qu’il n’y parait. Certes, il s’agit de la date de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie mais cette date a subi quelques mouvances.

La reddition de l’Armée allemande a d’abord été signée le 7 mai, à 2h41, à Reims par le Maréchal allemand Jodl et le général soviétique Sousloparov.

La presse s’empare de la nouvelle qui arrive aux oreilles de Staline et le rend fou de rage. Il exige que la reddition soit faite à l’Armée rouge, à Berlin.

 

Une nouvelle signature aura donc lieu le 8 mai, à Karlshorts, dans la banlieue berlinoise, en présence des représentants de l’URSS, de la France, de la Grande Bretagne  et des Etats –Unis. Les représentants du Haut Commandement allemand sont invités à signer l’acte de capitulation qui entre en vigueur à 23h01, heure locale.

 

A Moscou, il est 1h 01, c’est déjà le 9 mai.

 

Hasard du calendrier ? Le 9 mai est devenu la Journée de l’Europe…

 

L’Histoire est ainsi faite qu’elle s’interprète au gré du temps, des sensibilités et des latitudes.

 

Cette capitulation a été très chèrement acquise. Les pertes en vie humaine se situent entre 60 et 70 millions soit la population entière de la France d’aujourd’hui. Les infrastructures sont détruites tout comme les moyens de production, on est dans la désorganisation totale, 1944 a été une année de famine aux Pays-Bas, des villes ont été entièrement détruites (Budapest, Hambourg, Stalingrad). Les troupes soviétiques ont découvert et libéré les premiers camps. L’enfer atomique est à venir …

Les séquelles psychologiques pour tous, sont incommensurables.

 

Année après année, les commémorations se multiplieront pour ne pas oublier et pour rendre hommage.

C’est le passé qu’on convoque au cœur du présent, certains y voient un recours pour cimenter une communauté, d’autres considèrent que sur fond de crise des valeurs, le passé doit, plus que jamais, se faire balise.

 

On a pu remarquer ces derniers temps, la multiplication des initiatives de mémoire par l’essor de groupes de tous horizons, désireux de promouvoir les héros de leur propre histoire jusqu’à parfois entrer en concurrence.

 

Ne nions pas certaines implications  politiques telles la reconnaissance ou le refus de reconnaissance du génocide arménien.

Quand Valéry Giscard d’Estaing met fin à la célébration de la victoire alliée de 1945, c’est au nom de la réconciliation franco-allemande.

Avec Jacques Chirac, la commémoration de la Seconde Guerre mondiale passera du rappel du sacrifice des combattants à la dénonciation de la cruauté des bourreaux devant les victimes innocentes.

Ne faisons pas l’impasse non plus sur les ingérences à caractère commercial, telles certaines reconstitutions historiques ou visites organisées de lieux de mémoire.

 

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La commémoration c’est se souvenir ensemble, c’est aussi introduire le concept de dette et de reconnaissance envers les générations passées, c’est une volonté – pas nécessairement partagée – de lutte contre l’oubli.

 

Commémorer, c’est assurer la continuité d’un ensemble de modèles et d’actions.

C’est parfois, faire l’impasse sur des moments ou des faits peu glorieux ou non encore assumés.

Qui ose aujourd’hui s’interroger sur les déserteurs ? Qui veut se souvenir des femmes tondues, du sort de certains enfants naturels de soldats allemands et de femmes des pays occupés ? Qui reparlera  de la chasse aux collaborateurs, des vengeances et des revanches ?

 

Les guerres ne font pas que des héros et l’Histoire préfère refouler ses hontes et ses lâchetés.

En ces temps d’exigence de transparence à tout va, le dernier courage est peut-être de  se souvenir de cela aussi …

 

Ces temps barbares ont aussi été le temps de la Résistance.

 

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En Belgique, dès 1939, les premiers réseaux de résistance se sont organisés.

 

Ils sont mis en place par une poignée d’hommes et de femmes issus de l’armée belge défaite après la campagne des dix-huit jours, issus d’anciens réseaux réactivés de la Première Guerre mondiale ou agissant sous l’impulsion des Britanniques. Leurs premières actions sont le renseignement et l’établissement d’une jonction avec Londres via, notamment, la France libre et l’Espagne. Plus tard, les parachutages d’agents alliés et de matériel s’intensifient. La Résistance balise les terrains d’atterrissage et réceptionne hommes et colis.

 

D’autres organisent la lutte armée, le sabotage, exfiltrent les soldats alliés tombés en zone occupée, ils organisent les maquis.

 

La mise en œuvre de la « solution finale » via notamment la Caserne Dossin vit la création de nombreux réseaux de résistance au travers du Comité de Défense des Juifs mais aussi de l’Œuvre Nationale de l’Enfance (que j’ai eu plus tard l’honneur de présider).

 

La Résistance c’est une histoire d’anonymes, de membres du clergé, c’est la presse clandestine, ce sont les combats contre l’arrière garde allemande pendant la Libération, le guidage des troupes alliées pour prendre le contrôle du Port d’Anvers, presque intact, c’est l’attaque du vingtième convoi de déportation, à destination d’Auschwitz,  qui permit l’évasion de 231 déportés.

La Résistance, c’est  « la Grande Coupure » à savoir la démolition simultanée à l’explosif de 28 pylônes à haute tension, détruisant les câbles électriques et privant durablement les usines travaillant pour l’effort de guerre allemand.

Comme dans un jeu de dominos, de La Louvière à Court St Etienne, de Charleroi à Namur, d’Alost à Courtrai, toutes les activités furent interrompues et pour longtemps !

 

La Résistance, c’était un ensemble longtemps éparpillé d’hommes et de femmes issus de toutes les classes sociales, ici un paysan, là un fonctionnaire, ici un étudiant, là une ouvrière.

 

La Résistance a été polymorphe et a rassemblé toutes les sensibilités politiques et philosophiques. Elle fut aussi internationale. Il y eut des immigrés polonais ou arméniens, des antinazis allemands, des antifascistes espagnols, des juifs apatrides, tous volontaires, risquant la dénonciation, l’arrestation, la torture, la prison, la déportation, l’exécution.

 

La Résistance n’a pas toujours été appréciée. D’aucuns ont parfois considéré, au vu des conséquences de leurs actions, qu’il y avait lieu d’assimiler certains de leurs agissements au terrorisme, notamment lors des représailles de l’occupant.

 

On peut longuement disserter sur le sujet, chacun défendra son point de vue, de même un temps de guerre n’est-il pas comparable aux temps de paix qui s’inventent d’autres injustices, d’autres barbaries, d’autres intolérances mais il est sans doute une formule immuable, celle de Lucie Aubrac qui continue de nous dire :

« Le mot  « résister » doit toujours se conjuguer au présent ».

 

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Mais nous sommes le 8 mai.

Je vous ai parlé de guerres, de souffrances, de résistances et de terribles choses.

 

Je n’étais certes pas né le 8 mai 1945.

La mode des « flash mob » était inimaginable mais j’ai l’impression qu’un instant, lorsque les cloches retentirent, annonçant la fin de la guerre, le monde s’est arrêté, qu’avant les cris de joie, il y eut un silence, les gestes suspendus, un temps d’incrédulité, une sidération avant la confusion, les rires, les portes qui s’ouvrent, les mains qui se serrent.

Il n’y a pas de « tweets », pas de « mails », pratiquement pas de téléphones, juste le bouche à oreille qui se déchaine.

 

Les journaux relancent les rotatives et les mots qui s’y gravent sont : Victoire – Liberté – Paix.

 

Dans la liesse d’une vie redevenue possible, les joies et les pleurs se mêlent, indistinctement.

  

La peur s’éteint mais pas le chagrin des veuves, des orphelins, des parents désenfantés. L’interrogation subsiste quant au sort de toutes celles et ceux dont on n’a plus de nouvelles.

 

Le 8 mai 1945, on rit, on danse. 

On ne sait pas que ce n’est pas fini …

Mais cela, c’est une autre histoire …

 

Madame, Mademoiselle, Monsieur, en ce 8 mai 2013, je vous remercie toutes et tous de votre présence et vous souhaite un très bel après-midi.

 

André Flahaut

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