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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Dicours prononcé à la cérémonie d’inauguration du portrait de Herman Van Rompuy le 21/11/2011

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 21 Novembre 2011, 16:07pm

Monsieur le Président du Conseil européen

Mesdames et Messieurs, en vos grades, titres et qualités,

 

Dans notre galerie des portraits, tous les styles sont présents, tous les caractères ont été transposés au gré du talent des artistes et des attentes de ceux qu’ils ont portraituré.

 

Et à chaque fois, c’est une gageure.

Il faut qu’il y ait correspondance et reconnaissance, il faut une mise en valeur, il faut que le trait soit juste, entre l’inévitable ego et la modestie de bon aloi, il faut la part d’objectivité qu’exige l’exercice, il faut que transparaisse la sensibilité du modèle, que celle de l’artiste s’y fonde, que notre regard découvre et retrouve l’homme qui a mérité cet espace prestigieux.

 

Le modèle – et ce terme prend en l’occurrence tout son sens – qui nous réunit aujourd’hui s’appelle Herman Van Rompuy, un patronyme difficile à prononcer outre-Quiévrain,  pour un homme qui se veut simple, un homme qui fait partie intégrante de notre paysage politique et que les honneurs ont,  à l’en croire,  souvent rattrapé malgré lui.

Mais les faits sont là !

 

Pour vous en parler – et si j’avais son talent – j’aurais pu réciter un haïku et la messe serait dite ! Je n’ai pas cette habileté.

Tout ce que je sais du haïku,  c’est qu’il s’agit de l’art de composer un petit poème, extrêmement bref, visant à définir l’évanescence des choses et que le ci-devant modèle en est féru.

Il y a le haïku zen, le haïku urbain, le haïku engagé … et depuis un certain temps, le haïku européen ! 

Que ceux qui connaissaient le haïku avant de rencontrer Herman Van Rompuy se lèvent !

 

Il est né à Bruxelles, est père de  quatre enfants, est grand père depuis 2008. Il est économiste de formation mais philosophe aussi.

Du bureau d’études de la Banque nationale, il passe aux cabinets de Léo Tindemans et de Gaston Geens. Il est professeur à la Handelshoogeschool d’Anvers et à la Vlaamse economische Hogeschool de Bruxelles.

Il passe par tous les grades de son parti, le CVP devenu CD&V jusqu’à en devenir président.

Il a été sénateur, député, Secrétaire d’Etat aux Finances, vice-premier ministre et ministre du Budget.

Il a présidé la Chambre de juillet 2007 à fin décembre 2008 avant d’être Premier-Ministre premier Président du Conseil européen et depuis peu, Président de la zone euro.

Cela ressemble à l’histoire simple d’un homme  qui prétend l’être et auquel il ne reste plus d’autre promotion que la papauté !

Mais je ne crois pas vraiment à cette simplicité.

 

Herman Van Rompuy, c’est quelqu’un qui vous dit – par exemple – « Tout être humain doit choisir entre l’absurde et le mystère ».

C’est quelqu’un qui est capable de ne se fâcher avec personne.

C’est quelqu’un qui se ressource auprès des kangourous.

C’est quelqu’un qui préfère l’efficacité au devant de la scène … mais qui l’occupe.

C’est quelqu’un dont la discrétion tourne toujours à son avantage et qui en rougit parfois.

C’est un austère capable d’autodérision.

 

Mesdames et Messieurs, vous l’aurez compris, Herman Van Rompuy casse tous les préjugés du profil politique. Du pouvoir et de ceux qui l’exercent.

 

A l’heure des « people » et de la confusion des genres, il est le laborantin des solutions impossibles, il a la ténacité de l’ombre, l’exigence polie,  la rigueur institutionnalisée, alliant pouvoir et discrétion.

 

La sociologie du pouvoir distingue plusieurs types de domination :

La domination traditionnelle qui fait du chaman en Amazonie, le chef de village, la domination charismatique qui fit de Périclès, fin tacticien et fin gestionnaire, l’homme providentiel, la domination légale, rationnelle, qui donne le pouvoir au plus compétent, non pas parce qu’il impressionne mais parce qu’il fait bien son boulot.

Force nous est de constater qu’Herman Van Rompuy cumule les trois modes.

 

Mesdames et Messieurs, cet homme en serait  décourageant s’il n’était – aussi – l’homme du dialogue, du respect de l’adversaire et de ses compagnons de route.

 

Quelle sera dès lors sa représentation picturale ? Quel a été le choix de l’artiste Madame Anne van Herreweghen ? Comment a-t-elle traduit cette relation si particulière qui lie l’artiste et son modèle ?

Le portrait mesure et prend, il devient ici une version quasi officielle de l’identité. Il est le témoin pour les temps à venir, il révèle ce que l’on veut, il dissimule ce que l’on souhaite. Il est ce dont on a rêvé et ce que l’on  a accompli, il est l’individu traqué dans sa globalité. Mais on y échappe toujours un peu …

Il peut être l’homme stylisé, épuré, celui de la ligne claire, libéré de toutes contingences, dépourvu d’une trop rude austérité, émaillé de quelque candeur, diapré ici et là des légèretés que confère la liberté d’esprit.

 

Mais que saurons-nous de la vie intérieure, de la nature essentielle, des émotions occultes, des rires retenus, des intentions, des espérances nouvelles ?

 

Herman Van Rompuy aura-t-il le visage de Janus, dieu des portes, celui qui garde présent à ses yeux le passé comme l’avenir, celui qui préside aux passages et aux commencements ou ce portrait, à l’instar de celui de Dorian Gray, empreint de douceur et de sagesse, connaitra-t-il un sort funeste ?

 

Monsieur le Président, Madame, Mesdames, Messieurs, il n’est point ici d’âme damnée.

J’ose du moins l’espérer …

 

André Flahaut

                                                                  

 

 

 

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