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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Devenons les promoteurs de l’Europe du Cœur !

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 15 Novembre 2013, 16:52pm

Catégories : #Discours

 

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Majestés, Altesses royales,

 

Madame, Mademoiselle, Monsieur,

En vos grades, titres et qualités,

 

Chaque année, en pareille date, notre pays a l’honneur et aussi le plaisir de fêter son roi et plus largement, ainsi que l’avait souhaité le Roi Baudouin, la Dynastie.

 

Il y a quelques semaines à peine, c’est ici, que notre nouveau souverain, le Roi Philippe, prêtait le Serment constitutionnel.

La Nation tout entière, comme nous tous aujourd’hui réunis, garde en mémoire les images et l’émotion de ces instants solennels. Nos souvenirs sont aussi ceux des fêtes qui marquèrent les vingt ans de règne du Roi Albert et celles de l’accession au trône du Roi Philippe et de la Reine Mathilde.

 

Les drapeaux belges ont été, à maintes reprises et en d’autres joyeuses occasions remis à l’honneur ces derniers temps, libres de toute visée nationaliste, porteurs de joie et de convivialité nationale. Ils sont une tradition, un symbole, un signe de ralliement, d’appartenance, une fierté, notre part de chauvinisme de bon aloi, un chauvinisme parfois trop modeste il est vrai, que ce soit eu égard à ses avancées sociétales, ses réussites économiques, sportives, culturelles ou politiques.

 

Notre pays a, en effet, été parmi les premiers à savoir dépasser ses frontières et à développer une vision élargie de l’entraide entre les peuples. Pays fondateur de l’Union européenne, la Belgique n’a eu de cesse de s’investir dans l’ensemble des créneaux qui la détermine et dont la citoyenneté européenne n’est pas la moindre de ses ambitions.

 

Oh, je sais, lorsqu’on parle d’Europe, bien souvent, il faut s’attendre à une levée de boucliers, entendre les déceptions et les rancœurs, on dit « Bruxelles a décidé », on ricane, on maudit.

La perception est négative, l’euroscepticisme gagne du terrain, il a fallu recapitaliser les banques, on a perdu nombre d’emplois, la Grèce pays-martyr et les dérives du parlement hongrois …

L’Europe, si proche et si lointaine, réprouvée ou ignorée, déconcerte à tout le moins, se mue, à son corps défendant, en bouc émissaire de tous nos maux.

 

Dès lors qu’il est plus aisé de geindre que de reconnaitre, on méprise, au mieux on choisit l’indifférence.

Certes, je ne souhaite pas m’ériger en donneur de leçons, je voudrais simplement rappeler que le chemin parcouru depuis plus de soixante ans a été un chemin de paix, de libertés et de solidarités. En cette presque veille d’élections européennes, il est indispensable non seulement de s’en souvenir mais d’y veiller.

Ce n’est pas sans raison ni sans nécessité que 2013 a été dédiée à la citoyenneté européenne. Ce n’est rien de moins que l’essence même de la politique de l’Union européenne, destinée à plus de 500 millions de citoyens, perdue ou morte née au profit des marchés.

 

Le Traité de Maastricht avait pourtant réactivé les questions directement reliées aux citoyens : la Justice, les droits fondamentaux, la libre circulation des personnes et la citoyenneté au sens large des droits et des devoirs de chacun.

 

Mais les bonnes intentions sont passées au second plan jusqu’à devenir – oserais-je dire ? – anecdotique.

Certes, personne ne peut faire l’impasse sur les questions économiques mais tous nous devons prendre en compte l’exigence prioritaire d’une Europe sociale et solidaire.

 

Ce ne sont pas les replis identitaires ni les égocentrismes locaux qui la construiront.

 

Ce ne sont pas les tendances nationalistes et populistes qui la feront. A contrario. Elles se répandent partout en Europe et à cet égard, force nous est de déclarer qu’il s’agit peut-être là du plus grand des échecs.

 

Ce ne sera pas la somme des saluts individuels ni les souffrances différées qui répondront au modèle des pères fondateurs.

 

Ce ne seront pas les récupérations au nom des souverainetés nationales qui favoriseront l’esprit européen.

 

C’est la cohésion des citoyens envers un même idéal, c’est leur intérêt envers les institutions européennes, la qualité de leur information, leur volonté de savoirs et de pouvoirs démocratiques qui feront de l’Europe une nation et non plus un marché.

 

Je sais que nombreux sont les citoyens enclins à penser que leur quotidien est insuffisamment voire mal pris en compte par les instances européennes. Je sais aussi qu’à chaque mesure prise, il est malaisé de ne pas finir par opposer le travailleur au sans –emploi, le jeune au pensionné, l’entrepreneur au fonctionnaire, le national à l’étranger, un citoyen à un autre citoyen.

Avons-nous dès lors d’autre voie que celle de citoyenneté responsable, solidairement partagée entre ces 500 millions d’Européens ?

 

Maintes années ont été perdues mais rien ne sert de pleurer sur le lait versé. Il nous faut impérativement nous engager sur la voie de la citoyenneté européenne et cela ne concerne pas uniquement le monde politique ou les médias.

Les atteintes aux valeurs fondamentales, c’est l’affaire de tous.

Les politiques en matière d’économie ou de cadre financier, c’est l’affaire de tous.

Les discriminations, les normes, les droits, les bonnes pratiques, c’est l’affaire de tous. L’inégalité des conditions de travail, la libre concurrence, le dumping social, les blocages ou les coopérations en quel que secteur que ce soit, c’est l’affaire de tous.

 

Que cesse la récurrente dichotomie des gagnants et des perdants, que se concrétisent les cohérences du vivre ensemble, que se manifestent enfin nos volontés d’une Europe non pas protectionniste de ses capitaux mais protectrice du citoyen, d’une Europe éclairée, généreuse de ses talents, à l’écoute de ses citoyens et solidaire envers tous.

 

Cette Europe là, l’Europe du cœur, nous sommes  plus de 500 millions à pouvoir la construire.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, cela me semble indubitablement et objectivement possible.

 

Notre modestie géographique ne doit pas être un argument de défaitisme. Nos capacités de réalisme ont, par le passé, prouvé que nous pouvons jouer un rôle déterminant et de premier plan dans le processus européen.

 

Rien, absolument rien ne nous interdit aujourd’hui de devenir les promoteurs de l’Europe du cœur.

 

Majestés, Altesses royales, Madame, Mademoiselle, Monsieur, j’ose croire que vous partagez  cette conviction et que toutes et tous, à votre niveau d’influence, vous ambitionnez d’y participer.

 

Majestés, Altesses royales, Madame, Mademoiselle, Monsieur, je suis heureux qu’à l’occasion de la Fête de notre Dynastie, le bien nommé Palais de la Nation ait pu être l’écrin de cette espérance.

 

André Flahaut.

Présidence de la Chambre

Ministre d’Etat

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