Partager l'article ! L’OTAN : 60 ans, quel outil pour quelle(s) ambition(s) demain ?: A l’occasion de son prochain sommet qui se tiendra les 3 et ...
A l’occasion de son prochain sommet qui se tiendra les 3 et 4 avril 2009 à Strasbourg (France) et Kehl (Allemagne),
l’OTAN fêtera son soixantième anniversaire. Un âge respectable qui a vu cette alliance vivre de certitudes durant les quarante premières années de son existence pour connaître depuis 1989,
une période de doutes, de remises en question et de réorientations inachevées.
Au moment de sa création en effet, l’alliance se bâtit, sur un besoin historique de défense commune des puissances occidentales. La puissance hégémonique des Etats-Unis, légitimée par leur
contribution à l’issue de la seconde guerre mondiale, et les principales puissances européennes coloniales, cherchent à faire face à l’émergence du pôle de puissance que constituent alors l’union
soviétique et ses alliés, dans le contexte de la guerre froide. C’est le temps des certitudes du « monde bipolaire ».
Quarante ans plus tard, au moment de la chute du mur de Berlin, l’OTAN perd quelques uns de ses repères : sans contrepoids et adversaires clairement identifiables, l’alliance va tarder à
redéfinir ses orientations tout en menant, plus que jamais, des opérations militaires dans un périmètre que ses impératifs de défense pouvait « justifier » tout d’abord (Ex-Yougoslavie), plus
largement ensuite (Afghanistan).
Par ses initiatives prises lors des sommets de Prague (2002) et à Istanbul (2004), l’OTAN a renforcé les capacités de défense de ses états membres contre le terrorisme ; accru l’interopérabilité
de ses forces armées et de ses équipements militaires ; et assuré la capacité de déploiement rapide et de soutien des forces combattantes. Au sommet de Riga (2006), une courte pause fut marquée
dans la progression de l’OTAN dans son rôle de « gendarme du monde ». L’absence de consensus entre les alliés et les urgences du théâtre d’opérations afghan ont conduit les Chefs d’état et de
gouvernement de l’alliance à reporter une série de projets que les Etats Unis voulaient imposer (financement commun, bouclier antimissile, nouveaux partenariats avec des pays non européens
comme l’Ukraine ou la Géorgie).
Le développement des opérations « hors zone », la diversification des interventions allant des opérations militaires aux capacités de reconstruction civile, l'extension des relations avec de
nouveaux partenaires renforcent l’idée de transformer l'Alliance en une organisation politico-militaire à vocation globale, traitant des questions de sécurité au sens large, sans champ
géographique circonscrit. Cette évolution pose une question essentielle : quel outil au service de quelle ambition ? Une telle évolution supposerait de la part des membres de l'Alliance une
capacité et une volonté réelles à prendre en charge des responsabilités de plus en plus larges de gendarme du monde.
Cette notion d'approche globale que l'OTAN, promeut notamment en Afghanistan, répond à ce souci d'établir un lien entre le volet militaire et les aspects liés au développement, à la
reconstruction, à l'état de droit. Cette approche globale, certes pertinente, doit trouver sa source non pas au sein même de l’OTAN même mais dans les liens que celle-ci doit nouer avec tous les
acteurs de la Communauté internationale en prônant la cohérence, la coopération et la complémentarité.
En effet, pour nous, la responsabilité de la sécurité collective sur notre planète relève de l’ONU qui en possède
la légitimité légale et démocratique. En effet, dans le monde multipolaire actuel, où la violence et l’insécurité ont des origines très diverses, les instruments de contrainte utilisés par les
pouvoirs publics doivent être utilisés avec parcimonie. Les instruments de prévention des conflits et de résolution de ceux-ci par le dialogue doivent être privilégiés. L’usage de la force ne
peut ainsi intervenir qu’une fois tous les moyens diplomatiques épuisés, dans un cadre juridique international défini clairement (mandat du Conseil de Sécurité, respect de la Charte de l’ONU et
du droit international humanitaire).
Le nouveau Président américain Barack Obama semble en avoir pris la mesure, lui qui procède actuellement à une révision d’ensemble de la politique américaine en Afghanistan et souhaite mettre en
œuvre une stratégie « commune et concertée ». Le ballet diplomatique actuellement en cours témoigne à priori d’un retour à la consultation, au multilatéralisme au nom du réalisme ; en plaçant par
exemple la récente conférence internationale sur l’Afghanistan sous l’égide l’ONU.
Dans cette perspective, selon nous, l’évolution la plus souhaitable pour l’OTAN serait son recentrage sur sa vocation première, à savoir celle d’une défense collective. L'OTAN devrait ainsi
rester un cadre privilégié pour le renforcement de l'interopérabilité et de la coordination des efforts de défense. L’interopérabilité des forces est la condition même de l’efficacité
(rationalisation budgétaire, surtout dans le contexte de crise économique actuelle) et permet d’éviter que s’instaure dans la durée un décalage capacitaire trop marqué entre les Etats
membres.
Il convient en effet de rappeler que le budget de la Défense et la contribution de la Belgique à l’OTAN doivent rester constants en part du PIB. Le budget militaire de l’OTAN est en constante
augmentation (environ 600 millions d’euros en 2004, 1.400 millions en 2010, soit 230% en cinq ans) alors qu’en ces temps de crise économique, les priorités des Etats sont ailleurs. C’est
pourquoi, nous prônons pour une budgétisation précise préalable de chaque décision d’intervention de l’OTAN ainsi qu’une répartition équitable du financement de ces opérations à hauteur de la
participation des membres (cots lie where tehy fall).
Cela implique aussi que les Européens assument leur part du fardeau sur la scène internationale et que les Américains en reviennent à l’essence de la relation transatlantique. Le futur de
l’Alliance passe par une révision de son équilibre interne. Une relation clarifiée et équilibrée est centrale pour la cohésion de l’Alliance, cette dernière ne peut en effet survivre que si elle
sert également les intérêts des deux rives de l’Atlantique. Le nouveau concept stratégique devra chercher le point d’équilibre entre les besoins des uns et des autres. Il soulèvera
également la question de l'autonomie et du positionnement de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD). La complémentarité entre l’OTAN et la PESD n’est pas une formule creuse, que
l’on s’adonne à répéter pour apaiser les esprits. Elle est un atout pour l’une comme pour l’autre. En effet, dès lors que la PESD incite plus fortement les Européens à renforcer leurs capacités
de défense et à assumer leur responsabilité de défense, elle devrait être perçue de manière plus confiante aux Etats-Unis. Il ne faut pas dépenser plus, mais mieux, voire moins, en ces périodes
difficiles où les priorités sont logiquement ailleurs.
Pour renforcer cette évolution de l’OTAN dans les prochaines années, il importe donc de renforcer la présence d’une Union européenne politiquement unie au sein de l’alliance, et d’exiger le
respect permanent des principes de conformité au droit international. Il faut par ailleurs que le fonctionnement de l’OTAN soit réformé de manière à le rendre plus transparent et plus
démocratique. L’alliance doit donc évoluer vers un mode de fonctionnement qui assure une primauté effective des organes politiques sur les organes militaires ; qui implique que tous les Etats
membres marquent explicitement leur accord ou leur désaccord sur une décision (fin de la procédure de silence) ; qui budgétise précisément toutes les opérations avant qu’elles ne soient
approuvées ; et qui prévoie, dès le moment de l’approbation d’une opération, la stratégie de long terme qui est programmée en ce compris les modalités de désengagement.
Maintenant qu’elle a atteint l’âge de la sagesse, c’est dans cette voie que l’Alliance doit faire évoluer profondément sa
transformation pour renforcer sa crédibilité et pour répondre aux besoins légitimes de tous ses membres. C’est n’est qu’à ce prix que notre participation à l’alliance pourra se
justifier.
André FLAHAUT
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En effet, le Traité de Lisbonne, par la possibilité qu'il offre de mettre en place une Coopération structurée permanente (CSP), risque de voir les budgets militaires des Etats membres de l'UE s'envoler à la hausse (sous l'oeil intéressé de l'AED). C'est peut-etre le prix à payer pour créer ce pilier régulateur indispensable dans une configuration mondiale multipolaire.