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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


"Interview Joker" parue dans le PAN du 21 août 2007

Publié par blogflahaut sur 28 Août 2007, 13:32pm

Catégories : #Interviews


André Flahaut


Profession : Ministre (sortant) de la Défense, PS


Age : 52 ans


Signes particuliers : Tout le monde se dore la pilule, mais Dédé est là, comme d’habitude, à tenir la garde gouvernementale. Non sans une pointe de nostalgie en envisageant la fin prochaine – ou pas – de son mandat. Mémoires d’un bidasse atypique.

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Serez-vous sincère pendant cette interview ?


Oui, je ne sais pas être autrement. Ca déplait parfois, mais comme ça je me sens mieux, je suis bien dans ma peau.


Avez-vous un ou des ennemi(s) ?


Toutes les personnes qui nient les droits de l’homme. Ce n’est pas sans raison que je porte en permanence un petit triangle rouge sur tous mes costumes. Tout ce qui est extrémisme, fascisme, là je combats. Si on était en guerre, je serais certainement dans la résistance.


Les Flamands vous ont fortement rudoyé pendant votre mandat. Pourquoi ?


Philippe Busquin, avec qui j’ai travaillé longtemps quand il était président du parti, disait toujours « si on t’attaque, c’est que tu existes ». C’est donc réconfortant. Et l’intensité des attaques encore plus. Mais j’ai essentiellement été attaqué par l’extrême-droite flamande et la composante la plus droitière du CD&V, qui considère peut-être que j’ai pris une place qui leur était due. C’est lié à mon engagement pour les valeurs : les types savent que je suis socialiste, que je ne suis pas catholique, et donc la façon dont je travaille a réorienté l’armée vers une structure moins guerrière, orientée vers la paix, et certains me l’ont reproché en disant que j’en avais fait une immense organisation humanitaire, ce qui est faux. Il y a une phrase centrale dans mon plan de réorientation de 1999 qui coure jusqu’à 2015, et dont on est à mi-parcours, qui dit que quand on n’utilise pas le personnel, le matériel et les infrastructures pour les opérations militaires ou leur préparation, il faut que le personnel, le matériel et les infrastructures soient mis au maximum à la disposition de la société civile pour la paix et la solidarité, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Et c’est une philosophie qui ne plait pas à ceux qui sont plus guerriers, à ceux qui sont de droite. Et donc, je dérange. Mais je vais parler aux Flamands chez eux et…


En hélicoptère, comme pour aller voir An inconvenient truth à Hasselt ?


Parfois. Mais je vois qu’au Tour de France, il y avait quatre hélicoptères, que le prince Philippe se déplace aussi parfois comme ça… C’est un mauvais procès qui a été fait. Pour frapper son chien, on trouve toujours un bâton. Je préfère être critiqué pour avoir fait quelque chose que pour n’avoir rien fait. Et avec le blindage que j’ai… Bon, je peux reconnaitre que là, c’était peut-être une erreur, puisque maintenant c’est la mode de reconnaître ses erreurs, même Monsieur Leterme le fait. Le souci était d’éviter qu’on ne m’accuse de n’avoir fait visionner le film que dans la partie francophone du pays. J’ai voulu trop bien faire, et j’ai voulu privilégier l’efficacité. C’est vrai que j’aurais pu prendre un vélo, c’aurait été, sur le plan de l’image, plus porteur. Mais je ne suis pas comme ça, je préfère l’efficacité.

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Aujourd’hui, le CD&V espère récupérer la Défense. Vous ne craignez pas qu’ils mettent votre réforme à mal ?


D’abord, j’entends tout le monde revendiquer la Défense : le CVP, le VLD, les libéraux… Il n’y a encore que le cdH qui ne la demande pas, mais ça viendra bien un jour s’ils parviennent à former un gouvernement. Deuxièmement, voir détruire ce qui a été fait, la crainte n’est pas seulement dans mon chef, elle l’est aussi dans le chef des militaires, qui ont quand même vu leur rémunération augmentée, les achats d’armes, et eux savent qu’on ne peut revenir à une armée comme avant, même s’il y a toujours des nostalgiques. Mais il n’y a pas d’expression d’un retour en arrière. Moi ce que je crains, c’est plutôt une accélération de certaines mesures, préoccupante pour le personnel, en termes d’outplacement ou d’outsourcing. On ne peut pas privatiser la Défense, comme aux Etats-Unis, car c’est une fonction régalienne de l’Etat. Ensuite, je crains que ceux qui m’accusaient de franciser la Défense ne la flamandisent. Et nous sommes déjà dans un pays où il n’en faut pas trop pour qu’il y ait deux pays. Heureusement que le contrôle parlementaire empêche ceux qui sont au pouvoir de faire des conneries… Enfin, ce gouvernement, s’il voit un jour le jour, sera sans doute plus OTANien qu’européen. Et en ce qui concerne l’Afrique, je crois qu’ils vont continuer à tenir un discours de présence et d’intérêt, mais avec un regain d’exigences qui ne sauront jamais être rencontrées par les Africains et qui justifiera une baisse d’intensité dans la présence et dans l’aide. Et ça, les Africains en ont peur.


Êtes-vous sûr que vous en avez fini avec la Défense ?


Ha ça ! Un autre président socialiste disait qu’en politique, ce qui arrive est toujours ce à quoi on s’attend le moins. C’est Cools qui disait ça, et il savait de quoi il parlait (rires). Reynders a parlé très vite de l’Orange-bleue, mais elle ne représente que 80 sièges sur 150 à la Chambre ! Diriger un pays avec si peu, face à une opposition bien organisée, il y a déjà intérêt à ce que personne ne soit malade. Ensuite, vous avez, sur 80, déjà 5 nationalistes (N-VA), plus 2 FDF qui n’auront peut-être pas envie de voter n’importe quoi. Il y a intérêt à associer Maingain le plus possible autour de la table, parce qu’il a fait ses voix dans la périphérie, il a été le premier sur la liste à Bruxelles – et on sait à quel prix, le pauvre Simonet y a laissé la santé, pratiquement, dans les négociations pour la première place à Bruxelles. Ca veut dire qu’au mieux, on se retrouve à 76 sur 150. Gouverner un pays en telles difficultés budgétaire et communautaire avec autant de nationalistes, c’est du suicide pour ceux qui sont dedans. Et pour les autres, c’est du pain bénit.


Vous avez encore rappelé la semaine passée que « le PS est disponible »…


Le PS est un parti responsable, pour lequel un informateur a décidé qu’il n’était pas à mettre autour de la table, qu’il fallait réussir une majorité étroite, répondant à une volonté des électeurs qu’il fallait un gouvernement de centre-droit. Mais la volonté des électeurs exprimait aussi qu’il fallait une réforme institutionnelle et constitutionnelle importante… Parce que ce qui a fait la victoire du CD&V, c’est ça : ce n’est pas le CD&V, c’est la N-VA. La situation, elle est là ; attendons de voir. Johan Vande Lanotte a rappelé qu’aucune réforme institutionnelle ne s’était faite sans les socialistes. Et on n’a pas laissé à Dehaene le temps de terminer son travail, il aurait peut-être abouti à d’autres conclusions de ce que le formateur veut, et de ce que veut Yves Leterme – mais saura-t-on jamais ce que Leterme veut ?


Le PS ne devrait-il pas mieux tirer les mêmes conclusions que le SP.A, et se ressourcer dans l’opposition ?


Le SP.A a dit ça très vite, puis certaines personnes ont quand même dit à Johan qu’il avait peut-être été un peu vite. Moi je préfère dire qu’on est responsables et disponibles, et qu’on ne se presse pas pour venir autour de la table – il n’y a rien de plus désagréable. En politique, il ne faut jamais dire jamais. Ni toujours. C’est comme en amour, d’ailleurs. Donc, Wij zullen zien hein ! Ce qui est vrai, c’est qu’on est de plus en plus dans deux pays. Et plus on avance, plus ça s’écarte. C’est un des problèmes dans cette négociation : entre le CD&V et le cdH, les gens ne se parlaient plus – ce n’est pas pour rien que c’est la première famille politique qui se soit séparée. Du côté libéral, ils se connaissent parce qu’ils ont été au gouvernement pendant huit ans ensemble, c’est tout. C’est un peu différent au niveau du PS et du SP.A, parce qu’il y a encore les ciments syndical et mutuelliste.


Il y a quand même de fortes différences entre vous et un SP.A devenu beaucoup plus blairiste ?


Ca dépend d’avec qui vous parlez. Avec un Franck Vandenbroucke ou avec un Steve Stevaert. Et si le SP.A était resté un peu plus longtemps Stevaert, ils n’auraient peut-être pas eu une telle dégelée. Le SP.A a surfé sur l’image et sur la communication, avec les Télétubbies (Johan, Franck, Freya, Janssens…) et les autres, plus municipalistes ou populistes, ont perdu. Mais un type comme Johan est très pragmatique… Et le problème, c’est qu’il y a parfois des gens qui font adopter des attitudes qui ne correspondent pas nécessairement à ce qu’attend la population…

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On croirait que vous parlez du PS, là…


Dans tous les partis, c’est comme ça. Je parle à l’aise, parce que j’ai très longtemps été à l’Institut Emile Vandervelde (Centre d’études du PS, NDLR) : il faut que les gens qui sont dans les entourages présidentiels soient aussi des gens qui sont sur le terrain.


Quelle est la grande différence entre votre présidence de l’IEV et l’actuelle, celle de Frédéric Delcor ?


On a chacun son style. J’étais sans doute plus, mais peut-être de façon déséquilibrée, fort sur le terrain, j’étais moins homme de dossiers, de commissions et de réflexions, qu’aujourd’hui Frédéric et son équipe le sont. Il y a une réflexion top down, il en faut peut-être une aussi qui soit bottom up. A certains endroits, on est peut-être devenus un parti de notables. Alors que le MR, à certains endroits, devenait peut-être un parti de masse.


Vous rejoignez les critiques de Guy Spitaels ?


Non, je ne dis pas ça, je parle d’expérience, parce que j’ai toujours veillé à ça. Parce que c’est l’union de la théorie et de la pratique. Vous pouvez théoriser la meilleure campagne électorale, mais si vous ne tenez pas compte de la spécificité du candidat de Virton ou d’Arlon, il va se planter !


L’équipe d’Elio Di Rupo en tient-elle (suffisamment) compte ?


Bah, les résultats ne sont pas si mauvais que ça. Ce qui nous a tués, c’est Charleroi…


Uniquement ?


En grande partie, oui. Le ciel était bleu, mais on nous disait « oui mais Charleroi, ça ne va pas ». Ca a été l’habilité de Reynders. Mais j’ai le sentiment que toutes ces affaires étaient déjà connues avant, par ceux qui les ont rendues publiques. Et que ce qui s’est passé en 2004, avec le changement d’alliance, a créé un sentiment de revanche dans le chef du MR.


En tant que grand ami de Louis Michel, vous auriez préféré continuer avec le MR partout ?


Ce n’est un secret pour personne. Les premiers rapports entre Philippe Busquin et Louis Michel, ils se sont faits à mon intervention, je connaissais Louis Michel depuis tous les accords que nous avions fait ensemble en 88, 92 etc. J’avais déjà servi d’interface entre Verhofstadt et Spitaels pour la première Paarse coalitie en 92, qui ne s’est pas faite pour d’autres raisons.


L’année 2006-2007 aura été celle de tous vos désastres électoraux : communal, provincial et fédéral ?


Ca dépend comment on la lit : il y a un an, on me disait à Nivelles que je ne serais jamais accepté parce que je ne viens pas de là, et puis je fais pratiquement 3 500 voix. L’erreur que j’ai peut-être faite, c’est d’avoir commis un plan stratégique. On ne m’y reprendra plus, parce que de toute façon, les gens n’en discutent pas. Ils vous choisissent en fonction de votre sourire, de votre façon de vous vêtir, de vous comporter, de votre paraître. Et mes adversaires ont même utilisé certains points de mon plan pour effrayer la population. Et des gens du petit parti cdH n’ont pas respecté leur parole, et ont préféré gagner quatre échevinats pour quatre élus, avec le MR. A la province, nous évincer, c’était aussi l’occasion de refaire un grand accord entre Serge Kubla et Charles Michel, puisqu’il y avait dès lors un ennemi commun. Je ne peux pas en vouloir à un parti de refaire son unité sur un ennemi extérieur.


Laurette Onkelinx ou Rudy Demotte ?


Vous ne m’en voudrez pas de bien aimer Laurette. Pendant toutes les années où je l’ai eue comme chef de file, j’en étais très content. D’ailleurs, le Boulevard de l’Empereur nous foutait la paix. Parce que la machine fonctionnait bien, avec Laurette, Rudy, Didier (Donfut, NDLR) et Christian (Dupont).


Que pensez-vous de la désignation de Rudy Demotte à la Région wallonne ?


Ca, c’est le choix du président. Mais moi, je suis plutôt inquiet qu’il ne soit plus à la Sécurité sociale. Parce que par exemple, Sabine Laruelle, au lieu de regrouper les indépendants sur le statut des salariés, va mettre les salariés au régime des indépendants !


Quel commentaire impertinent adresseriez-vous à votre président de parti ?


Je lui dis souvent : pour qu’une embarcation aille loin, il faut non seulement un objectif – je crois qu’il l’a –, une bonne trajectoire – je crois qu’il est en train de la fixer –, mais aussi qu’elle soit équilibrée de la proue à la poupe, de bâbord à tribord, et qu’il y ait un axe central fort.


Qu’aimeriez-vous qu’on retienne de vous ?


Je ne vais pas dire mon bon caractère, parce que personne ne me croirait. Essentiellement que je suis quelqu’un qui fait mon possible pour faire avancer les valeurs de solidarité, sans nécessairement faire de bruit autour.


LE PAN

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Scourneau 24/09/2007 11:13

Voilà au moins un politique qui se livre, sans langue de bois. Net, clair, précis et sans casserolles au derrière. Comment pourrait-on se passer de lui. Son bilan sans faille, son action (cf. sa réaction face à guerre en Irak etc) efficace et sa fidélité aux principes humanitaires ainsi qu'à sa volonté de garder une Belgique unie en font un incontournable facteur d'une stabilité sociale et nationale. Et stabilité ne veut pas dire immobilisme, il l'a prouvé en réformant l'armée, c'est vrai au grand déplaisir de certains, mais dans un but d'efficacité. Et le résultat est positif.
Un Belge en France. MS

Mathieu 30/08/2007 09:25

Tout le monde devrait lire le PAN !!!

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