La crise financière et bancaire née aux Etats-Unis, il y a trois ans, continue de menacer gravement notre prospérité, notre développement économique, la confiance en notre monnaie commune et par voie de conséquence, une meilleure solidarité, une stabilité sociale, notre avenir, celui de nos enfants et de nos retraites.
Cette crise et sa gestion au niveau européen génèrent peu à peu une crise de confiance des citoyens dont les « indignés » sont la
partie la plus visible. Il est donc urgent de renouer avec un projet européen compris et accepté par les citoyens, un projet
constructif.
Ne perdons pas de vue que la crise de la dette des Etats est avant tout le résultat de la crise financière et donc non imputable
aux femmes et hommes politiques.
On se focalise sur l’encadrement des Etats mais force est de constater que l’encadrement des marchés reste très
insuffisant, voire inexistant. Il faut aller beaucoup plus loin en instaurant par exemple, dès maintenant, une taxation de la spéculation ou en mettant en place une agence européenne
de notation pour casser le monopole des agences par exemple, qui font aujourd’hui la pluie et le beau temps.
Nécessité :
La nécessité de réduire l’endettement des Etats tout en préservant des moyens pour l’avenir et celle de rétablir la
confiance dans notre monnaie commune ne sont pas contestables. Personne ne veut plaider pour une irresponsabilité budgétaire. Personne n’a le monopole du souci d’une gestion sérieuse des finances
publiques.
Question :
La question est de savoir si l’on veut une austérité de principe qui punit les mauvais élèves, sans oublier tous les « dommages
collatéraux inévitables, ou une rigueur budgétaire qui permet un retour de la croissance et de l’emploi.
- Le FMI, les Nations Unies nous ont déjà mis en garde sur les effets pervers de l’austérité brutale. L’austérité n’est pas une
fin en soi. Les cures d’austérité qui sont imposées aux populations par l’Europe sont parfois si radicales qu’elles ne font qu’aggraver la situation économique, financière et sociale. Le cas grec
est ici exemplaire d’une austérité qui détruit plus qu’elle n’assainit. On parle beaucoup de sanctions automatiques, de suppression des fonds européens mais quel est le but ? Punir les
citoyens ?!
- Le souci de l’assainissement budgétaire affiché par l’Europe doit être maîtrisé et doit respecter les équilibres socio-économiques
des Etats membres. Mais ceci n’implique pas l’adoption aveugle de politiques qui plongeront rapidement toute l’Europe dans la récession et rendront le processus d’assainissement des finances
publiques encore plus difficile… Le résultat de la « nouvelle gouvernance » économique ne peut pas être de prolonger la crise et d’aggraver la situation économique et sociale.
La vraie mission de l’Europe et son mauvais rôle
L’Europe a bien sûr une mission essentielle à jouer dans la crise : celui de mettre en place des instruments d’évitement d’une nouvelle
crise, de protéger les citoyens européens. Elle n’a ni pour but ni pour rôle d’affaiblir leurs droits, de fragiliser les solidarités sociale, économique ou budgétaire. Oui, l’Europe peut définir
les grands objectifs économiques à atteindre. Oui, la Commission peut évaluer et conseiller les gouvernements nationaux. Oui, il faut soutenir les Etats sous aide financière. Mais il est
inadmissible que l’on nous impose des solutions qui relèvent clairement de choix idéologiques établis sans véritable dialogue et sans accord avec les tenants de la légitimité, c’est-à-dire les
Gouvernements et les Parlements nationaux.
Les technocrates ? Danger !
Ne soyons pas naïfs, quand les marchés se réjouissent de la mise en place de gouvernements de techniciens c’est surtout parce que les
techniciens en question sont passés par l’école Goldman Sachs. Le marché reconnaît les siens et tant pis pour les élections, les citoyens doivent attendre avant que soit pris en compte leur
avis quant au destin de leur pays et à la manière dont il souhaite le gérer.
Une Europe qui refuse la solidarité entre les Etats et les Européens, s’écarte de sa raison d’être. C’est une Europe qui refuse son
destin commun et qui contribue à la renaissance des nationalismes. Ce danger existe, car l’Union n’est pas comparable à une nation homogène, l’UE n’est pas les Etats-Unis. Elle est constituée de
27 Etats membres qui ont volontairement décidé de mettre fin aux guerres pour bâtir un projet commun. Pour que ce projet reste légitime, il doit continuer de répondre aux aspirations de nos
concitoyens et des populations. Il est temps que les responsables du projet sortent de leur tour d’ivoire et en prennent conscience !
L’Europe est une Union à 27. Même si la « locomotive » franco-allemande est nécessaire à son bon fonctionnement, elle n’a pas à imposer
ses solutions contre-productives à travers une sorte de directoire à composition limitée. L’Europe n’a pas à payer l’inquiétude et l’agitation de certains que l’on sait focalisés sur leurs
réélections.
Aujourd’hui, il ne s’agit pas uniquement de restaurer la confiance des marchés, déclencheurs de la crise. Il s’agit, de manière
urgente, de renouer la confiance avec les citoyens confrontés, au cœur de leur quotidien, à une crise historique.
Il est de leur évidente légitimité d’être entendus, compris et soutenus.
André Flahaut
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