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André Flahaut

André Flahaut

Ministre d'État, Ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Président honoraire du Parlement


Commémorations Gembloux-Chastre

Publié par le Blog d'André Flahaut sur 10 Mai 2015, 17:56pm

Catégories : #News

Commémorations Gembloux-Chastre

« Cette guerre n’est pas une guerre de chefs de clans, ni de princes, de dynasties ou d’ambition nationale, c’est la guerre des peuples et des causes.

Nombreux sont ceux qui serviront fidèlement, sans que jamais leur nom ne soit connu, ni que les actes soient consignés par écrit.

C’est la guerre des soldats inconnus ».

Ainsi s’exprimait Sir Winston Churchill, en 1940, sur les antennes de la BBC.

La formule me semble tout particulièrement adaptée aux héros de la Bataille de Gembloux, oubliée des livres d’Histoire, ignorée des mémoires, presqu’effacée au lendemain des faits.

Tant d’autres horreurs suivront qu’à l’aune de l’Histoire, les traces s’estompèrent, comme pas sur le sable.

Cela fait près de vingt ans que je m’efforce de remettre en lumière le sacrifice des hommes tombés ici, les 13, 14, 15 et 16 mai 1940.

Bien sûr, ils eurent droit à une sépulture.

L’envahisseur ayant eu principalement à faire à l’Armée française, quelques ares furent consentis à la France pour qu’y reposent ses soldats.

On inaugura un musée, et je me dois de rendre justice à la petite équipe qui s’y est investie mais tout cela est resté par trop confidentiel, en dépit de la spécificité de cette bataille – la première bataille de chars de l’Histoire -, en dépit du caractère international des victimes et de son exemplarité en matière – notamment – d’interculturalité.

Certes, dans l’après-guerre, on a commémoré. On a salué le sacrifice, on a rendu hommage au courage, on a élevé des monuments, on a fait des discours et l’on s’est recueilli, égrenant les minutes de silence dans l’acceptation, peut-être, d’une fatalité.

Septante cinq années ont passé.

La guerre s’éloigne chronologiquement, géographiquement et mentalement.

Au Kosovo, en Afghanistan, en Syrie, l’écho d’autres guerres nous est parvenu, … dans un rectangle d’écran de télévision ou d’ordinateur mais nous ne pouvons plus nous imaginer en uniforme et en armes, rampant dans les tranchées, agonisant sous des décombres, blessé, mutilé, défiguré, consentant au sacrifice suprême au nom de la patrie ou de tout autre concept idéalisé.

La commémoration aujourd’hui, c’est une ambivalence entre « Gloire aux Héros » et « que ressentait ce pauvre garçon embarqué dans cette boucherie ? ».

C’est le grand questionnement de la vie et de la mort, de la notion de sacrifice, de la valeur de la vie au-delà de tout.

Nous ne pourrons répondre ici. Nous ne pourrons dire que ce que nous croyons, que ce que nous avons constaté et que les livres d’Histoire ignorent – et nous pouvons le regretter - : Il y a septante cinq ans, des hommes sont venus.

Ils sont venus contrer l’envahisseur.

Ils sont venus de France, du Maroc, d’Algérie, ils sont venus du Sénégal, de Tunisie, ils sont venus pour défendre une certaine idée de la liberté, une certaine idée de la civilisation. Ils ne sont pas venus pour défendre une terre qu’ils ne connaissaient pas, ni par un quelconque intérêt personnel, ils sont venus pour ce qui nous rassemble aujourd’hui : la solidarité.

Et je veux croire que leur vrai message était celui-ci : « sachez faire la paix comme nous avons pu résister à la guerre ».

Ne comparons pas l’incomparable mais il est vrai que faire la paix exige que nombre de défis soient relevés. Cela suppose des apprentissages dont celui du vivre ensemble, celui de vivre la multiculturalité, l’intergénérationalité, la nécessité de comprendre le passé de tous pour favoriser la compréhension mutuelle de nos histoires, des faits de notre quotidien, de ce que nous désirons pour demain.

Quand nous commémorons par exemple, nous sommes au-delà de l’hommage, nous sommes dans l’affirmation du refus de nouveaux génocides, de l’exclusion des minorités, de la persécution de l’étranger. Nous affirmons notre volonté non seulement de ne plus subir mais de ne plus faire subir.

Aujourd’hui, dans nos sociétés multiculturelles de fait, nait une histoire de moins en moins compartimentée, une histoire commune, telle celle qui nous rassemble ici.

C’est le sens de ma démarche eu égard à la Bataille de Gembloux : le dépassement de la mémoire pour une mise en lumière d’une communauté de destin, par delà le temps, par delà les frontières.

Ce « travail » doit rester à l’agenda du monde politique mais aussi à notre agenda personnel.

Il ne suffit pas de se replonger de temps à autre dans une page monstrueuse de l’Histoire, il faut renoncer à nos préjugés, identitaires ou nationaux, il faut veiller à ce que notre capacité à faire le bien se renouvelle dans la banalité du quotidien, il faut vivre, vivre libre puisque d’autres générations nous en donné le moyen, il faut vivre solidairement.

Ici, en ce lieu de violence, de mort et de recueillement, j’ose vous proposer de vivre intensément, joyeusement, généreusement, amicalement.

Librement.

André Flahaut

Ministre d'État

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Commenter cet article

Delporte 10/05/2015 19:23

Bravo pour cette démarche! Toutefois ce serait mieux si vous condamniez les négationistes du génocide arménien de votre parti.Ce serait mieux pour votre crédibilité.

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