André Flahaut répond aux citoyens internautes qui manifestent leur impatience sur la toile et transmettent leur « ras-le-bol » aux politiques.
Depuis quelques jours, un grand nombre de courriels arrive dans la boite mail du Président de la Chambre des Représentants comme dans celle de nombreux élus (camping 16, Pas en notre nom-Niet in onze naam,…).
Il tient à répondre à chacun et espère ainsi établir une forme de dialogue constructif avec la population.
En toute transparence, ce courriel est également publié ici sur son blog.
Madame, Monsieur,
Chers citoyens internautes,
Ces derniers jours, je suis -avec d’autres- massivement interpellé par des citoyens, comme vous, impatients face à la durée des
négociations en cours.
La situation est difficile, j’en conviens, mais il m’apparait qu’il y a lieu de relativiser certaines affirmations et de rétablir
certaines vérités.
Tout responsable politique, au sens premier du terme, est lui aussi, préoccupé, fatigué, voire irrité, peut-être parfois découragé mais
le sens du devoir et des responsabilités prime, quels que soient les écueils.
Au Parti Socialiste, notre priorité est de répondre au mandat que les électeurs nous ont confié.
Nous sommes favorables à une nouvelle réforme de l’Etat encore faut-il qu’elle soit durable, équilibrée ET que soit assuré le bien-être
économique de chacun.
Je tiens à rappeler ici que j’ai invité à la discussion les organisateurs de la manifestation « Pas en notre nom – Niet in onze naam »
ainsi que les responsables de l’opération « camping 16 ». Ma proposition n’a reçu aucun écho, jusqu’à présent.
De même m’arrive-t-il parfois de proposer de rencontrer des citoyens qui m’ont interpellé.
Une fois qu’il s’agit de donner des réponses concrètes à leurs interrogations et d’engager le débat, …il n’y a souvent plus personne.
Le rôle du citoyen ne se limite pourtant pas au seul geste du vote, il doit aussi être celui de la vigilance constante et de l’engagement pratique. Un « clic » sur un clavier ne peut
suffire.
J’entends « cela a assez duré ». Si « cela » dure c’est notamment parce que nous résistons à des exigences dont les conséquences en matière sociale seraient catastrophiques. Et qu’est ce que ce « cela » qui a assez duré ?
Certes, avec un gouvernement en affaires courantes, il est des décisions qui ne peuvent être prises mais l’agitation quant à la durée des négociations, me semble rarement constructive, guère plus d’ailleurs que tous les « yaka » lus et entendus en vaines ritournelles.
« Il n’y a qu’à ne plus payer les politiques » Lesquels ? Les négociateurs ? Les ministres en affaires courantes ? Les
présidents de parti ?
Cesse-t-on de payer les chercheurs et supprime-t-on les crédits à la recherche parce que 30 ans plus tard on n’a toujours pas trouvé de
vaccin contre le cancer et le sida ? Cesse-t-on de rémunérer les enseignants dont les élèves doivent redoubler ?
« Il n’y a qu’à donner le statut de condominium à Bruxelles » Est-ce vraiment crédible d’imaginer que les Bruxellois vont accepter d’être gérés par deux petits états voisins qui n’arrêteront pas de se quereller ? « Il n’y a qu’à en faire un district », comme Washington. Dit-on exactement ce que cela signifie ?
« Il n’y a qu’à faire un referendum » une consultation populaire sur la scission n’aurait aucun sens. Scission en 2, en 3, en 4 ? Avec quel partage de la dette publique ? Et les chemins de fer ?...
« Il n’y a qu’à faire appel à l’Europe » L’Europe ne connait rien à nos institutions. Nous sommes encore des adultes capables de régler nos problèmes
« Il n’y a qu’à faire appel à des experts » Nous le faisons régulièrement car les éléments de nos discussions doivent être corrects mais la responsabilité des choix doit rester politique.
Les exemples foisonnent.
Ce type de commentarisation de la situation politique est non seulement stérile mais contreproductif. Il participe à la
dé-crédibilisation des élus et délivre une image tronquée, partielle et simpliste de la réalité politique.
Ce n’est pas non plus de lynchage épistolaire ou médiatique qu’a besoin notre pays. Il a besoin d’une compréhension de la logique de
notre système et d’une intelligence de la réforme de celui-ci. Nos questions sont complexes, elles appellent des réponses nuancées, progressives, adaptées aux divers contextes institutionnels et
respectueuses des droits de tous, notamment des plus fragilisés de notre société.
Quant aux menaces des sociétés de cotation, je les trouve scandaleusement manipulatrices. Elles ont pour seul but le détournement d’une situation politique difficile à des fins outrageusement mercantiles envers un pays qui ne se porte pas plus mal que ses voisins européens et dont, notamment la présidence européenne a été unanimement reconnue.
Vous me permettrez encore de préciser qu’au PS, nous ne souhaitons clairement pas de nouvelles élections. Elles ne pourraient qu’être vaines, absurdes et parasites. L’arithmétique électorale est là, notamment à la Chambre des Représentants. D’autres élections ne simplifieraient pas la donne.
Je comprends certaines impatiences, certaines lassitudes, certaines incompréhensions. Le citoyen est-il incapable de comprendre que nous travaillons avec sérieux et force de convictions, avec minutie et sincérité, avec la volonté de trouver les compromis qui respecteront le bien être de tous et la dignité de chacun ?
Ce combat, c’est en votre nom qu’au PS, nous le menons.
C’est en réitérant ma disponibilité pour une discussion franche et ouverte que je vous assure Madame, Monsieur, de mon écoute et de mes sentiments les meilleurs.
André Flahaut
Président de la Chambre
Ministre d’Etat




