L'Italie est en crise : croissance quasi nulle (0,1%), compagnie nationale « Alitalia » au bord de la faillite, baisse des parts de marché à
l'exportation. L'Italie se divise en 2 : le salaire moyen au Mezzogiorno représente 57% de celui au Nord du pays. Enfin, l'Italie se polarise au détriment de la gauche. C'est le résultat des
élections législatives anticipées des 13 et 14 avril qui ont ramené au pouvoir Silivio Belusconi et redonné des couleurs à son allié de la Ligue du Nord. La chute du gouvernement de centre gauche
de Romano Prodi était inscrite dans sa disparité : 10 partis et plus de 100 ministres ou secrétaires d'Etat. Il faut dire qu'en reniant la gauche, Walter Veltroni et son nouveau Parti démocrate,
conçu sur le modèle libéral américain, ont troublé l'électorat traditionnel. La progression de la Ligue du Nord dans les villes ouvrières et les régions historiquement de gauche (Ligurie et
Romagne) accentue le basculement à droite. Enfin,l'élection d'un ancien fasciste à la mairie de Rome que Walter Veltroni avait dirigé ces dix dernières années est un camouflet personnel au
président du Parti démocrate.
Giulio Tremonti, le nouveau ministre de l'économie du gouvernement Belusconi avait publié quelques semaines avant le scrutin un livre dénonçant l'échec de la mondialisation. Il évoquait un monde
« moins fanatisé par le dogme du marché. Nous vivons dans un monde à l'envers : dans un monde dans lequel le superflu coûte moins que le nécessaire. Tu peux aller à Londres avec 20 dollars, mais
tu ne peux pas faire les courses au supermarché pour 20 euros. » Même si on verra très vite qu'il y a loin des discours aux actes et que la droite est dure aux pauvres, Giulio Tremonti a utilisé
des mots que la gauche a eu peur de prononcer. C'est une habitude. Déjà Sarkozy, avant de parader avec les plus riches, piochait dans le répertoire de Jaurès pour parler aux métallos de Lorraine.
A Londres, le conservateur Boris Johnson a gagné la mairie en parlant « façon peuple» pendant que le gouvernement travailliste annonçait la privatisation totale du groupe "British
Energy".
Morale de l'histoire et leçon pour les militants socialistes sincères : quand la gauche parle et agit comme la droite, elle perd. Quand la droite s'approprie les discours de la gauche, elle
gagne. Personnellement, je suis fier d'être à gauche. Résolument à gauche.
André Flahaut
L'assurance mutuelle et l'assurance privée sont différentes dans leur nature et leur objectif. La première repose sur la réciprocité de l'aide entre affiliés d'une mutualité. Elle ne cherche pas le bénéfice mais le bien-être des gens. La seconde vise à placer des produits financiers auprès de ses clients, indexés selon des critères d'âge, sociaux et sanitaires.
L'assurance complémentaire proposée par les mutuelles en Belgique, à côté de l'assurance obligatoire, veut renforcer la couverture sociale des
personnes (services de transport aux malades, couverture complémentaire hospitalisation, services aux handicapés, aide à domicile, convalescence, etc…) « Concurrence déloyale » s'indignent les
assureurs privés qui, après avoir été déboutés par les juridictions belges, s'en sont émus auprès de la Commision européenne. Celle-ci vient de leur donner raison en demandant de modifier la loi
sur les assurances maladies complémentaires. Le message est le suivant : la solidarité sociale fait obstacle à la course au profit des compagnies d'assurance. C'est bien ce que dit le communiqué
de la Commission s'inquiètant des « distorsions du marché ». Le marché ne tolère pas ce qui lui résiste. Il s'agit bien alors d'un nouvel épisode de la tentative libérale d'harmoniser par le bas
les systèmes de santé et de remboursement de soins en Europe. Les compagnies d'assurance sont à l'avant-garde de l'ultra-libéralisme qui ne s'intéresse aux hommes que pour leur valeur marchande.
Leurs fonds d'investissement agissent en pirates de l'économie réelle : délocalisations d'entreprises pour fuir les coûts salariaux grevant les plus-values, spéculation sur les produits
alimentaires de première nécessité dont ils organisent peu ou prou la pénurie et la flambée des prix.
La gauche doit répondre à ce défi en rappelant sans relâche que tous les services ne sont pas des marchandises. Le choix de la protection
mutuelle des personnes ne crée pas des perdants. Et s'il y en a, ce sont les compagnies d'assurance et les fonds spéculatifs. D'où leur offensive actuelle contre toutes les formes de
solidarité.
André Flahaut



